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© Hillerbrand & Magsamen

Témoignages : le couple avec des beaux-enfants

ALICE*
38 ans, deux filles, en couple avec un homme qui a un fils. Un fils ensemble
« Je suis critiquée, mais je tiens bon »

« J’ai fait le choix de ne pas assumer la charge mentale de mon beau-fils. J’ai, de mon côté, trois enfants, à temps plein à la maison. Et j’ai considéré que mon mari n’était pas assez investi dans la vie du foyer pour que je m’occupe en plus de son fils quand il vient chez nous. C’est source de conflits entre nous, mais je le revendique complètement. Je fais le choix de ne pas rappeler à mon mari que son fils est bientôt en vacances, qu’il faudrait acheter des billets de train. Je ne lui rappelle pas non plus qu’il doit aller sur Pronote [logiciel d’échanges entre parents et professeurs au collège et au lycée, ndlr] pour surveiller sa scolarité. Quand il vient chez nous, mes filles partent en vacances chez leur père. Je considère donc que je suis moi aussi en vacances. Et si son fils mange tard le soir, parce que mon mari n’est pas rentré suffisamment tôt du boulot, tant pis. Ma position n’est pas facile à tenir, je suis critiquée de toutes parts, en particulier par mes beaux-parents qui ne comprennent pas que je ne m’occupe pas de leur petit-fils. Mais je tiens bon.
Je fais partie d’un groupe de soutien informel de beaux-parents sur un réseau social. Parmi la quinzaine de femmes qui y participent, je vois la pression qui s’exerce sur elles. Notamment de la part de la belle-­famille, qui attend qu’on prenne en charge les enfants de la première union. Cela me conforte dans mon choix. » 


110 familles recomposees charge mentale 2 © Charles Henry Bédué 1 1
© Charles Henry Bédué

Mathilde*
29 ans, en couple avec un homme qui a un fils
« Tu es parent, mais tu ne l’es pas »

« À 20 ans, j’ai rencontré un homme qui avait un enfant de 5 ans. On peut se dire, a priori, un seul enfant et encore, pas à temps plein, ce n’est pas trop compliqué. Mais en réalité, cette situation m’a toujours beaucoup pesé. Il est grand aujourd’hui, il a 14 ans, et c’est devenu plus facile. Mais quand il était petit… Je pense que, quand on est face à un enfant petit, on s’en occupe, quelle que soit sa position. Quand certaines personnes me disaient que ce n’était pas à moi de m’en charger, je trouvais ça ridicule.
Au début, je ne savais pas trop quelle place prendre. Aujourd’hui, je m’aperçois que je me suis super investie dans sa vie. Et je suis persuadée qu’il faut ça pour que ça marche, la famille recomposée. Le problème, c’est que l’investissement, c’est de la charge mentale. Tout devient un souci : l’organisation au quotidien, évidemment, mais aussi des préoccupations plus lointaines. Je m’inquiète pour sa scolarité, parce que s’il faut lui offrir des cours particuliers, cela grèvera notre budget. Sa santé aussi : ses parents ne se préoccupent pas de son obésité, qui me semble problématique.
L’aspect le plus pesant pour moi, c’est que je n’ai pas la légitimité pour agir comme un parent. Tu es parent, mais tu ne l’es pas. Le beau-parent vit dans l’ombre. Officiellement, il n’y a que le papa et la maman. Ma charge mentale vient aussi du fait que je fais en sorte de ne vexer personne : ni mon beau-fils, ni sa maman, ni mon compagnon. »


Sophie
38 ans, une fille, en couple avec un homme qui a trois filles
« J’estimais ne pas avoir le droit à l’erreur »

« Passer d’une fille à quatre modifie considérablement la gestion du quotidien : anticiper les repas, assurer les conduites pour les écoles différentes, les activités sportives, le suivi des devoirs. Et réussir, malgré tout cela, à nous préserver du temps à deux : un enjeu de taille. Mon mari est très investi dans l’éducation et dans la maison, mais il m’est arrivé au début de craquer, car j’estimais ne pas avoir le droit à l’erreur. Même s’il m’a toujours soutenue dans mes décisions, j’étais vulnérable à chaque remarque de son ex-compagne. Je ne voulais pas que mon attitude vis-à-vis de ses filles devienne source de conflits. De plus, je devais aussi rassurer ma propre fille. Il a fallu l’écouter, la comprendre et l’apaiser sur cette nouvelle vie dont moi-même je ne connaissais pas les contours.
Réussir notre vie de famille, bien se positionner en tant que belle-mère, apaiser les craintes de ma fille, garantir une harmonie éducative sont des enjeux non négligeables. Tout cela pouvait être très pesant. Avec le temps, les choses se sont dissipées et j’ai réussi à ne plus me mettre la pression et à me faire respecter naturellement. » 


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© Charles Henry Bédué

Aymeric
43 ans, deux filles, en couple avec un homme sans enfant
« La séparation m’a appris à prendre ma part de la charge mentale »

« Nous avons deux filles, nées d’une gestation pour autrui, avec mon ex-mari. Il a un travail moins prenant que le mien et s’occupait plus que moi de la gestion du foyer quand nous vivions ensemble. Après notre séparation et la mise en place de la garde alternée, j’ai donc dû apprendre à réaliser certaines tâches que je n’assumais pas jusque-là : faire les machines, choisir les vêtements des enfants. Désormais, je vis avec un nouveau compagnon avec lequel le partage des tâches est plus égal qu’avec mon ex. Sans doute parce que nous avons tous les deux le même niveau de responsabilités professionnelles. Les tâches quotidiennes, nous nous les partageons à 50/50. Mais les devoirs et le respect des règles, c’est ma partie. J’ai vu trop de beaux-parents jouer les gardes-chiourme et avoir le mauvais rôle vis-à-vis de leurs beaux-
enfants. Je ne veux pas ça pour lui ! C’est donc moi qui assume les engueulades. Aussi parce que je sais que mes filles auront toujours pour moi un amour inconditionnel. 
De son côté, il porte peut-être davantage que moi une charge émotionnelle. Parce que les enfants ne sont pas les siens et qu’il sait que, si nous nous séparons, il ne les verra peut-être plus alors qu’il s’occupe beaucoup d’elles. Pour les filles aussi. Elles sont catastrophées quand on se dispute. Elles tiennent beaucoup à lui. » 


Gladys
42 ans, deux filles, en couple avec un homme qui a un fils. Un bébé ensemble.
« Il y a des choses qui ne nous appartiennent pas »

« Je n’ai plus aucun rapport avec le père de mes filles. Il n’y avait plus de relation positive possible entre nous. Ma fille aînée est en rupture totale avec lui. Ma cadette,14 ans, continue à vivre en partie chez lui. C’est très difficile pour moi parce que nous n’avons pas les mêmes valeurs éducatives. Un exemple : quand ma fille veut aller en soirée, je pose un cadre. Lui, il fournit la vodka.
J’apprends désormais à lâcher pour me préserver. En me disant que, même si c’est très violent de se dire ça, cette histoire, leur histoire, ne me regarde plus. Sa vie avec son père, c’est sa part à elle. J’ai dû me persuader que s’il était en réelle incapacité de s’occuper d’elle, le juge lui aurait enlevé la garde. Et puis, j’ai confiance en ma fille. Elle a du discernement. Elle est armée. Je l’ai outillée pour qu’elle puisse faire face à sa relation avec son père.
J’ai toujours peur. Mais je ne peux pas la cloîtrer. Je me suis aperçue que j’essayais de sécuriser des milliers de choses. Comme quand, petites, elles pleuraient au moment du coucher quand elles étaient chez leur père et que j’allais les chercher à 22 heures pour les ramener chez moi. Mais il y a des choses qui ne nous appartiennent pas. La charge mentale, c’est aussi le moment où on prend en charge ce qui ne nous appartient pas. Or, on ne peut pas tout contrôler. » 

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