Amazon pickup & returns building
© Bryan Angelo

Amazon : Amnesty inter­na­tio­nal dénonce des entraves des syn­di­cats et une sur­veillance des salarié·es

À l’occasion du Black Friday, Amnesty International dévoile un rap­port acca­blant sur la manière dont le géant amé­ri­cain traite ses employé·es et leurs orga­ni­sa­tions syndicales.

La socié­té de consom­ma­tion a ses grandes messes et le Black Friday en fait par­tie. Cette année, Amazon a accep­té, à la demande du gou­ver­ne­ment, de déca­ler cette jour­née pro­mo­tion­nelle au 4 décembre en France, au lieu du 27 novembre, pour s’inscrire après la réou­ver­ture des com­merces phy­siques. « Je veux offrir aux consom­ma­teurs fran­çais une jour­née qui leur per­met­tra de faire des mil­lions d’euros d’économie », assu­rait Frédéric Duval, le direc­teur géné­ral d’Amazon France au micro de TF1, le 19 novembre. De son côté, Amnesty International « offre » à la firme de Seattle un véri­table ven­dre­di noir, en publiant un rap­port acerbe sur ses pra­tiques entre­pre­neu­riales en France, au Royaume-​Uni, en Pologne et aux États-Unis. 

Licenciements suite aux inquié­tudes des salarié·es face à la Covid

Amazon est sans conteste le grand gagnant de la crise sani­taire. Depuis mars 2020, le géant du com­merce en ligne a recru­té 175 000 per­sonnes dans le monde entier pour faire face à l’afflux de com­mandes et affiche un chiffre d'affaires net de 96,1 mil­liards de dol­lars (envi­ron 79 mil­liards d’euros) sur le troi­sième tri­mestre 2020. Amnesty dresse le bilan alar­mant de ces mois de juteuse acti­vi­té au ser­vice des consom­ma­teurs confi­nés. Plusieurs employé·es ont été licencié·es aux Etats-​Unis, en mars et avril 2020, après avoir expri­mé des inquié­tudes sur leurs condi­tions de tra­vail pen­dant la pan­dé­mie. L’ONG dénonce aus­si la sup­pres­sion, fin mai, des primes de risques qui avaient été octroyées aux salarié·es d’Amazon en Europe et en Amérique du Nord. Le virus cir­cu­lant tou­jours, elle réclame leur maintien. 

En France, la fédé­ra­tion SUD com­merce de l’union syn­di­cale Solidaires avait por­té plainte contre Amazon, fin mars 2020, pour « mise en dan­ger de la vie d’autrui » face au manque de pro­tec­tion des salarié·es. L’action en jus­tice a débou­ché avec suc­cès sur une sus­pen­sion tem­po­raire des acti­vi­tés et sur l’adoption de mesures sani­taires et de sécu­ri­té ren­for­cées. Une pro­cé­dure judi­ciaire à laquelle les syn­di­cats ont dû se résoudre face à l’impossibilité de négo­cier avec l’employeur, montre le rap­port, citant un délé­gué syn­di­cal : « Pendant la pre­mière vague, Amazon a refu­sé tout dia­logue avec nous, dénonce Adrien Guellec, secré­taire natio­nal de la CFDT. Ils ont un double-​discours et prônent leur ouver­ture aux syn­di­cats dans la presse alors qu’en réa­li­té, ce n’est pas du tout le cas. » Contactée par Causette, l’entreprise affirme « valo­ri­ser le dia­logue social »… Tout en pré­ci­sant appré­cier la « rela­tion directe » avec chaque sala­rié. De quoi cas­ser l’organisation collective. 

Des syn­di­cats indésirables

Et par­fois, le dia­logue social est tout bon­ne­ment empê­ché… Par les entraves d’Amazon quant à l’établissement de syn­di­cats dans cer­tains pays. De quoi obli­ger Amnesty à ce rap­pel dans son rap­port : le droit inter­na­tio­nal rela­tif aux droits humains est for­mel, les salarié·es ont la pos­si­bi­li­té de consti­tuer des orga­ni­sa­tions syn­di­cales et d’y adhé­rer. Si Amazon affirme publi­que­ment res­pec­ter ces prin­cipes, la réa­li­té décrite par Amnesty est tout autre. En 2018 et 2019, l’entreprise qua­li­fiait les syn­di­cats de « risques majeurs » pour son acti­vi­té dans les rap­ports adres­sés à ses action­naires. Au Royaume-​Uni, elle aurait plu­sieurs fois empê­ché le syn­di­cat GMB de recru­ter des membres sur ses sites de pro­duc­tion. L’ONG rap­porte aus­si des ten­ta­tives d’intimidation auprès des employé·es syndiqué·es par les per­son­nels des res­sources humaines. En Pologne, comme en France, le dia­logue avec les représentant·es du per­son­nel est décrit comme qua­si­ment nul et force les recours en jus­tice. Aucun doute, les témoi­gnages recueillis par Amnesty des­sinent selon l’ONG une « pra­tique d’évitement des syndicats ». 

Pour l’ONG, la crise sani­taire a en fait accen­tué des dys­fonc­tion­ne­ments dénon­cés de longue date par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales. Pression, bles­sures et acci­dents graves, injonc­tion à la pro­duc­ti­vi­té sont autant de thé­ma­tiques igno­rées par l’entreprise. Mais avec Amazon, on n’est jamais au bout de nos sur­prises. Des faits de sur­veillance abu­sive ont aus­si été révé­lés ces der­niers mois. En sep­tembre, une fuite de docu­ments internes publiés dans Motherboard, un site d’information amé­ri­cain, révèle que le Centre d’opération de sécu­ri­té glo­bale amé­ri­cain d’Amazon a secrè­te­ment espion­né des groupes Facebook de conduc­teurs et conduc­trices Amazon Flex pour repé­rer des pro­jets de grèves ou de mani­fes­ta­tions. Le même mois, Vice News a indi­qué qu’aux États-​Unis, Amazon avait publié des offres d’emploi pour des ana­lystes du ren­sei­gne­ment char­gés de déce­ler les dan­gers, dont les « menaces en matière de syn­di­ca­li­sa­tion contre l’entreprise ». Les annonces ont été sup­pri­mées depuis et Amazon a assu­ré qu’il s’agissait d’une « erreur ». 

Lire aus­si : Comment Amazon runs the world

Fin novembre, le média amé­ri­cain Vice révé­lait qu’en France, Amazon avait « obser­vé de très près » des syn­di­ca­listes de la CGT, des mili­tants de Greenpeace et même des gilets jaunes à l’automne 2019, par­ti­cu­liè­re­ment entre le Black fri­day et les fes­ti­vi­tés de Noël. La com­mu­ni­ca­tion d’Amazon France nie en bloc. « Nous n’avons pas et n’avons jamais eu d’ “agents sur le ter­rain” pour sur­veiller l’activité de notre per­son­nel et pour infor­ma­tion, nous rap­pe­lons que le mou­ve­ment des Gilets Jaunes n’est pas lié à Amazon (sic). »

Alors que l’entreprise s’apprête à connaître une période cru­ciale pour ses béné­fices, Amnesty invite les inter­nautes à inter­pel­ler Jeff Bezos, par mail, cour­rier ou sur Twitter pour lui deman­der de « res­pec­ter les droits des salarié·es ». Lesquels, tient à affir­mer sans cil­ler Amazon France à Causette seraient rien moins que « sept sur dix » à « recom­man­der Amazon à leurs proches ». Pas sûr que l’attachement soit réciproque.

Lire aus­si : « Bezos Academy » : aux États-​Unis, le patron d’Amazon ouvre des écoles mater­nelles Montessori

Partager
Articles liés

Inverted wid­get

Turn on the "Inverted back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.

Accent wid­get

Turn on the "Accent back­ground" option for any wid­get, to get an alter­na­tive sty­ling like this.