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Pétition : des mil­liers de per­sonnes demandent à l’ONU de pro­té­ger le doc­teur Denis Mukwege, mena­cé de mort

denis mukwege claude truong ngoc wikimedia commons
Denis Mukwege
© Claude Truong-​Ngoc Wikimedia Commons

Menacé de mort parce qu’il demande une enquête inter­na­tio­nale sur les viols et muti­la­tions de guerre com­mis par les milices du Sud-​Kivu (République démo­cra­tique du Congo), le doc­teur Denis Mukwege est retran­ché dans l’hôpital de Panzi où il exerce et répare les femmes vio­lées et muti­lées par les milices de la région. Son amie, la psy­chiatre fran­çaise Muriel Salmona, a lan­cé une péti­tion qui a déjà recueilli plus de 35 000 signa­tures pour deman­der à l’ONU de déployer une bri­gade armée pour pro­té­ger le prix Nobel de la paix, ses col­lègues hos­pi­ta­liers et ses patientes.

Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, est mena­cé de mort. Des milices armées évo­luant au Sud-​Kivu, région à l’est de la République démo­cra­tique du Congo (RDC), veulent faire taire le gyné­co­logue qui dénonce leurs exac­tions et réclame qu’elles soient jugées par un tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal. Depuis vingt-​cinq ans, la région est en proie à des conflits autour de reven­di­ca­tions ter­ri­to­riales et des mine­rais (or et col­tan, uti­li­sé dans la fabri­ca­tion des smart­phones) qui s’y trouvent en masse.

Dénonciation des milices

« Denis Mukwege est, pour ces milices, l’empêcheur de tour­ner en rond, parce qu’il dénonce haut et fort, comme lors de son dis­cours au Nobel, ces guerres de milices qui sèment la mort, et leur impu­ni­té », pointe Muriel Salmona. Amie et col­lègue de ce gyné­co­logue qui répare les femmes vio­lées et géni­ta­le­ment muti­lées par les milices (ils tra­vaillent ensemble à faire recon­naître les psy­cho­trau­mas comme preuve médico-​légale dans le cadre d’un viol), la psy­chiatre a plai­dé dès cet été auprès de l’ONU pour deman­der à ce que Mukwege béné­fi­cie à nou­veau d’une pro­tec­tion inter­na­tio­nale.

Réclamer le retour de la bri­gade Monusco

Car le constat est sans appel : il a suf­fi que la bri­gade de l’ONU, qui le pro­té­geait depuis 2012, déserte en mars 2020, « pour d’obscures rai­sons liées au Covid », détaille Muriel Salmona, pour que le doc­teur soit à nou­veau sous le feu des menaces de repré­sailles. « Depuis 2012, l’hôpital de Panzi, le doc­teur et sa famille, béné­fi­ciaient d’une pro­tec­tion de la bri­gade Monusco [Mission de l’ONU en République démo­cra­tique du Congo, ndlr], rap­pelle Muriel Salmona. Elle avait été déployée après la ten­ta­tive d’assassinat que Denis avait subie de la part de quatre hommes qui avaient séques­tré chez eux deux de ses filles. Cela s’est sol­dé par la mort du gar­dien de la mai­son, un proche de la famille qui a pré­ve­nu le doc­teur Mukwege, alors qu’il arri­vait en voi­ture chez lui, et s’est fait mitrailler à sa place. » Le trau­ma­tisme avait été si consé­quent pour le doc­teur que sa femme et lui étaient par­tis se réfu­gier en Belgique, avant de reve­nir à Panzi « à la demande des sur­vi­vantes secou­rues par Denis, qui l’avaient prié de conti­nuer son tra­vail sur place », pré­cise Muriel Salmona.

Les cour­riers envoyés pour plai­der sa cause n’ont rien don­né. Pour l’heure, la pré­si­dence de la République démo­cra­tique du Congo et l’ONU bottent en touche sur le retour de la Monusco à Panzi. « Ils ne nous pro­posent que l’envoi d’une force de police dont Denis ne veut sur­tout pas, souffle la psy­chiatre. C’est pré­ci­sé­ment dans cette police que se sont recy­clés beau­coup d’anciens des milices et ce serait une catas­trophe que les patientes soient confron­tées à leurs bour­reaux. » Le temps diplo­ma­tique de l’ONU n’est pas celui du doc­teur Mukwege, retran­ché dans son hôpi­tal, et c’est ce qui a pous­sé son amie à user de l’arme péti­tion­naire pour faire bou­ger les lignes. Face à l’instance inter­na­tio­nale qui donne l’impression d’abandonner le prix Nobel de la paix, plus de 35 000 per­sonnes ont déjà signé la pro­tes­ta­tion en ligne.

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