fbpx

Irak : le vol sans retour des fla­mants roses

Au sud-​est de Bagdad, dans la pro­vince maré­ca­geuse de Maysan, un impor­tant bra­con­nage de cet échas­sier migra­teur secoue une région mar­quée par les tra­fics et la pau­vre­té. Les auto­ri­tés ne s’attaquent que timi­de­ment à cette acti­vi­té illé­gale, néces­saire à la sur­vie de la population.

sharrock iraq flamingos hd 18 a
©Chloé Sharrock

« C’est du fla­mant rose que vous cher­chez ? » glisse Mustafa Ahmed Ali, assis sur un tabou­ret. Autour de lui, des canards, des grues, des oies et des poules se déplument dans des cages exi­guës. « Venez chez moi vers 13 heures », lance-​t-​il, une ciga­rette à la bouche. Al-​Amara, capi­tale de la pro­vince de Maysan, et son mar­ché aux oiseaux attirent comme à son habi­tude beau­coup de monde. Les éta­lages servent morts ou vifs, chaque matin, des oiseaux par cen­taines d’espèces ven­dus pour leur chair, leurs plumes ou… leur élé­gance. C’est le cas du fla­mant rose, à la fois ani­mal domes­tique de déco­ra­tion et mets appré­cié des popu­la­tions rurales. Pourtant, dans les rues étri­quées du souk, où motos, vélos et cha­riots s’entrechoquent au milieu des piaille­ments, aucune trace de l’oiseau migra­teur rose. À chaque men­tion de ghar­nouk (son nom local), les têtes se baissent et les chu­cho­te­ments se perdent dans l’agitation ambiante. 

Trophées vivants

Comme d’autres oiseaux cap­tu­rés dans les Ahwar, ces maré­cages clas­sés patri­moine mon­dial de l’Unesco, situés dans le sud-​est du pays, le fla­mant rose est une espèce pro­té­gée. La loi ira­kienne « inter­dit la chasse ou la cap­ture d’espèces d’oiseaux migra­teurs ter­restres et aqua­tiques ». Les contrôles de la police envi­ron­ne­men­tale res­tent cepen­dant anec­do­tiques à al-​Amara. Le fla­mant rose se vend sous le man­teau pour une autre rai­son : la peur du bad buzz sur les réseaux sociaux. En 2016, un impres­sion­nant flux d’images de fla­mants roses cap­tu­rés, enfer­més dans des cages, ligo­tés ou déca­pi­tés ont cir­cu­lé sur Facebook, créant un vent d’indignation dans le pays, obli­geant l’État ira­kien à s’attaquer timi­de­ment au tra­fic. Depuis, comme dans l’échoppe de Mustafa, les devan­tures n’exposent plus de corps inertes roses, et les cages ne ren­ferment plus d’oiseaux lon­gi­lignes, hor­mis quelques grues.

sharrock iraq flamingos hd 9 a
©Chloé Sharrock

Mustafa Ahmed Ali s’est adap­té. Passé 13 heures, ce grand gaillard roux, habillé d’une dis­h­da­sha (robe pour homme) gri­sâtre, ouvre le por­tail d’une bâtisse en briques d’une ban­lieue pauvre du nord-​est d’al-Amara. Des per­ruches gri­gnotent avec leur bec les grillages de leur volière ins­tal­lée dans sa cour. « Ça se passe en haut », indique de la tête Mustafa. Dans son salon, un cadre est accro­ché au mur avec la pho­to de l’un de ses enfants, posant fiè­re­ment, un fla­mant rose dans les bras. Sur le toit, un enclos sur­mon­té d’une taule ren­ferme une poi­gnée de spé­ci­mens. L’un d’entre eux, visi­ble­ment bles­sé, se tient sur une patte. Un juvé­nile se cache der­rière sa mère. À l’entrée du dea­ler, les cap­tifs paniquent. Certains déploient leurs ailes et leur long cou, le bec ouvert, pour ten­ter de dis­sua­der leur geô­lier de trop s’avancer. 

La région la plus pauvre d’Irak
Sharrock Iraq Flamingos HD 28 A
©Chloé Sharrock

« Je les vends par paire, entre 30 000 et 40 000 dinars ira­kiens [de 17 à[…]

La suite est réservée aux abonné·es.

identifiez-vous pour lire le contenu
Ou
Abonnez-vous à partir de 1€ le premier mois
Partager
Articles liés
npg d34632 ann zingha by achille deveria printed by franaois le villain published by edward bull published by edward churton after unknown artist

Anna Zingha, reine de fer

Cette souveraine redoutée a combattu les envahisseurs portugais pendant plus de trente ans. Parfois décrite comme une femme cruelle et cannibale, elle incarne pourtant une figure majeure de la résistance anticoloniale.