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Magazine n° 123 – Juin 2021

CAUSETTE 122 COUV sansdos web

Édito

Le scandale de l’adoption en Éthiopie, que Causette vous révèle dans ce numéro (lire page 42)après plusieurs mois d’enquête ne fait malheureusement pas figure d’exception. Loin de là. Mais il est important de soulever tous les lièvres, car l’accumulation des données apportera, à la fin, toute sa force au combat.
Trafic d’enfants, enfants volé·es ou vendu·es, en République centrafricaine, au Guatemala, en Haïti, au Sri Lanka ou en Roumanie… les conditions plus que floues dans lesquelles ils et elles ont été adopté·es à l’international depuis cinquante ans émergent ces dernières années. Depuis que ces enfants sont assez grand·es pour pouvoir se rendre compte que quelque chose a cloché dans leur histoire ou le récit qu’on leur en a fait, pas forcément raccord avec leur vécu, leur inconscient, leurs souvenirs. C’est pour cette raison qu’un collectif, le Raif *, constitué de personnes adoptées et de parents adoptifs français, s’est créé récemment, réclamant, via une pétition en ligne, une commission d’enquête sur les adoptions illégales à l’international depuis 1970, à l’instar de la Suisse et des Pays-​Bas qui ont, eux, reconnu des pratiques illicites. Il est temps que la France prenne ses responsabilités sur cet épineux sujet.
Il est temps, aussi, de redonner une voix aux adopté·es. C’est précisément le combat de la réalisatrice et militante Amandine Gay, dont le film documentaire, Une histoire à soi, sortira au cinéma très prochainement. Comme à son habitude, elle y donne la parole aux concerné·es faisant, pour une fois, des adopté·es les narrateur·rices de leur histoire. Et propose de sortir enfin de l’éternel conte de Noël dans lequel de gentils parents blancs tristes de ne pouvoir enfanter auraient sauvé de la misère un·e petit·e enfant de couleur. Elle questionne, sans assertion, le principe même de l’adoption plénière qui prive les enfants de leur passé, en faisant par là même ce qu’elle appelle des « enfants tabula rasa ». Car pourquoi faudrait-​il absolument effacer l’historique ? Ne pourrait-​on pas, au nom du fameux intérêt de l’enfant, imaginer des pluriparentalités plus fluides, moins verrouillées et peut-​être moins destructrices ? Car l’enfant, et c’est bien tout le cœur du sujet, n’est la propriété de personne. Alors pourquoi des adultes (parents, politiques, travailleur·euses sociaux·ales) s’octroieraient-ils·elles le droit de décider de son histoire à sa place ? De conserver ou pas, de lui délivrer ou pas, certaines informations le concernant. Quoi qu’il en soit, repenser le statut de l’enfant dans notre société est une urgence politique. 

Causette

* Reconnaissance des adoptions illicites en France.

Extraits du numéro
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