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Pur comme de l'eau de Bourse

Quoi de pire qu’un agri­cul­teur en exploi­ta­tion inten­sive ? Probablement le tra­deur qui spé­cule sur le prix de l’eau. Alors que l’Australie est rava­gée par des feux his­to­riques, le busi­ness de la flotte se porte au mieux dans le pays, les prix flam­bant au gré de la séche­resse et attei­gnant jusqu’à 450 euros le mil­lion de litres.

Tout com­mence dans les années 1980, douce époque au croi­se­ment du body buil­ding pro­téi­né et du « sky is the limit » capi­ta­lis­tique. Comprenant que la res­source en eau est pré­cieuse, le gou­ver­ne­ment aus­tra­lien décide de régu­ler son uti­li­sa­tion… en offrant sa ges­tion aux mar­chés finan­ciers. L’eau des­ti­née à l’agriculture devient une matière pre­mière comme une autre à mesure que se déve­loppent, dans les années 1990, des places bour­sières dédiées. C’est à l’économiste ultra­li­bé­ral Mike Young que l’on doit la cota­tion en Bourse de l’eau. On le voit péro­rer dans ­l’excellent docu­men­taire Main basse sur l’eau, de Jérôme Fritel, dis­po­nible en replay sur Arte : « Quand l’eau se fait plus rare, cer­tains doivent arrê­ter d’en consom­mer, dit-​il encore tout fier de sa trou­vaille. Les mar­chés sont là pour dési­gner ceux qui doivent sor­tir de l’agriculture. » Évidemment, ceux qui quittent le métier ne sont pas les exploi­tants mas­to­dontes, mais plu­tôt les agri­cul­teurs qui cultivent des champs à taille humaine et se voient étran­glés par les hausses du prix de l’eau au gré des mou­ve­ments spé­cu­la­tifs, eux-​mêmes liés aux varia­tions cli­ma­tiques. « Investir dans l’eau semble cou­ler de source, conseille ain­si le site bour­sier Fool.com.au. Beaucoup de gens pré­disent que la demande en eau va s’accroître signi­fi­ca­ti­ve­ment dans les années à venir. […] En consé­quence, les actions de l’eau pren­dront de la valeur et les inves­tis­seurs en pro­fi­te­ront. » 

Le gou­ver­ne­ment aus­tra­lien envi­sage de sif­fler la fin de la récré et de fer­mer la porte du mar­ché de l’eau aux spé­cu­la­teurs pour le réser­ver aux exploi­tants agri­coles. Une solu­tion en demi-​teinte : des asso­cia­tions éco­lo­gistes achètent elles-​mêmes de l’eau à la Bourse pour la ­redis­tri­buer aux terres pro­té­gées ! 

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