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© Capture écran dominiquedewitte.com

“Pas woke”, la chan­son gênante qui se rêve en tube de l’extrême droite

Son auteur, Dominique de Witte, a tout pour nous plaire : il reven­dique une affi­lia­tion avec David Bowie, passe sa mèche d’artiste au gomi­na et est coor­don­na­teur Reconquête d’une cir­cons­crip­tion de Gironde.

“Mais moi je ne suis pas woke, pas woke/​Je suis un Français, non manipulé/J’aime la beau­té des femmes et des hommes sexués”, entonne dans Pas woke Dominique de Witte, accom­pa­gné par une mélo­die aci­du­lée au syn­thé. Il nous a fal­lu pas mal de recherches devant notre écran, ponc­tuées de “pincez-​moi je rêve”, pour pou­voir le décré­ter for­mel­le­ment : bien qu’ils fassent rire le Twitter de gauche depuis plu­sieurs jours, non, la chan­son et son auteur-​compositeur-​interprète Dominique de Witte n’ont rien d’une méchante blague fomen­tée pour moquer les paniques morales de l’extrême droite. Au contraire, le pro­jet artis­tique Pas woke est tout ce qu’il y a de plus sérieux et pre­mier degré. 

C’est encore lui qui en parle le mieux : sor­ti le 19 jan­vier, Pas woke est un “nou­veau titre sur­pre­nant aux accents poli­tiques sur fond de musique électro-​pop rafraî­chis­sante”, vante Dominique de Witte dans son com­mu­ni­qué de presse. On peut dire que ce chan­teur “électro-​pop”, à l’aspect bien propre sur lui dans son cos­tard et aux che­veux gomi­nés, secoue le genre de la chan­son enga­gée : aux oubliettes Ferrat, com­pa­gnon de route du Parti com­mu­niste ! Signe des temps, Dominique de Witte pré­fère mettre sa prose au ser­vice de l’extrême droite fran­çaise en lui offrant un hymne inau­dible, mais dont les paroles semblent cali­brées pour un ras­sem­ble­ment saucisson-pinard.

Sans sur­prise, Domi attaque d’une voix cha­lou­pée en nous fai­sant par­ta­ger sa peur de la théo­rie du genre, un incon­tour­nable des obses­sions des “anti-​woke” (“Ils m’ont dit tu n’es pas un homme/​Mais une femme grâce aux hor­mones”). Un petit refrain criard Pas woke pas woke plus tard, et voi­là que Domi embraye sur un cou­plet raciste, avec son allu­sion au “grand rem­pla­ce­ment” (“Toute notre his­toire les rend amers/​Ils nous rem­placent par ceux qui viennent par la mer”). Prouesse : en 3’30 de chan­son (la durée idéale pour pas­ser à la radio), le chan­teur par­vient ensuite à caser l’écriture inclu­sive (“Même notre langue est chahutée/​Point E point S et affi­ni­tés”), les champs d’éolienne (“[Ils] détruisent nos pay­sages et se disent éco­los”) et même l’intelligence arti­fi­cielle, que sans lui on n’aurait pas for­cé­ment casée à gauche de l’échiquier poli­tique (“Car c’est bien ça l’idée : lais­ser la place à ChatGPT”).

Evolution artis­tique et capillaire

Bref, un gloubi-​boulga intel­lec­tuel cen­sé por­ter rien moins qu’un “mes­sage d’espoir pour la jeu­nesse fran­çaise” tel qu’énoncé à la fin du mor­ceau : “Alors ne soyons pas woke, pas woke/​Et res­tons Français, fiers et enjoués.” Mais qui est donc cet hur­lu­ber­lu qui pousse la chan­son­nette comme un cri du cœur contre le pro­grès ? Avant tout, un jeune homme qui semble se cher­cher depuis un bon bout de temps, tant sur le plan artis­tique que capil­laire. Si Pas woke se pré­sente comme le single d’un qua­trième album à venir, les trois pré­cé­dents sont res­tés ce qu’on pour­rait appe­ler confi­den­tiels. Sur le site de Dominique de Witte, on trouve la trace de Crash Mode, un pre­mier album sor­ti en 2012 dans lequel Domi affi­chait un air juvé­nile et une coupe de che­veux atten­dris­sante, mi-​émo, mi-​boys band. Avec Supernova en 2015, il se pré­sen­tait avec une nou­velle coupe tenant de la Grace Jones années Jean-​Paul Goude. Mais c’est en 2019 sur la pochette d’Animal qu’il exploi­tait au mieux son capi­tal che­ve­lu, en lais­sant son car­ré long se déployer dans un mou­ve­ment de nuque cen­sé­ment bestial.

Ces révo­lu­tions capil­laires suc­ces­sives semblent avoir accom­pa­gné une évo­lu­tion artis­tique des plus radi­cales. Avec Pas woke et son tour­nant "che­veux de riche" dans les­quels passent désor­mais un éclair poivre et sel, Dominique de Witte tombe le masque et nous livre la ver­sion la plus hon­nête de lui-​même. Après tout, n’est-il pas celui qui, à la ville, est coor­di­na­teur Reconquête pour la sep­tième cir­cons­crip­tion de Gironde ? 

Né à Carcassonne dans une famille noble (la bio­gra­phie pré­sente sur son site pré­cise qu’il est des­cen­dant du baron Jean de Witte, offi­cier de la Légion d’honneur, la grande classe) et désor­mais ins­tal­lé dans la ban­lieue de Bordeaux, à Gradignan, Dominique appa­raît avoir trou­vé son équi­libre, entre son enga­ge­ment pour éric Zemmour, son label, son stu­dio d’enregistrement pro­po­sé à la loca­tion et ses chansons. 

Bien que son compte YouTube pla­fonne encore à 1 650 follower·euses, Domi croit tel­le­ment en son talent qu’il y a quelques années de cela, il avait anti­ci­pé sa gloire, lan­cé et même réus­si un crowd­fun­ding pour pro­duire un docu­men­taire sur sa per­sonne ven­du en DVD sous le titre d’Un ter­rien venu des étoiles. Ce n’est pas for­cé­ment évident à l’oreille quand on écoute Pas Woke, mais le média Info Jeunes écri­vait alors à son pro­pos : “Déclaré comme étant le nou­veau David Bowie par l’originalité de sa voix et de ses mélodies.”

Si le temps ne nous était comp­té, on aurait pas­sé un coup de fil à Viky de Witte, mana­geuse et épouse de Domi. L’entretien nous parais­sait pro­met­teur car elle aus­si s’est lan­cée dans la chan­son en 2020 avec un mini-​album “très per­son­nel” et inti­tu­lé Eternelle, dont “les mélo­dies atmo­sphé­riques sont en phase avec le fémi­nin sacré et les paroles en har­mo­nie avec la beau­té des cycles de la nature et de la femme”. On n’est pas fran­che­ment loin de faire un signa­le­ment à la Miviludes.

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