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© Derek Owens / Unsplash

“Le Figaro” s’apitoie sur la “charge men­tale des pères de famille”, ces héros oubliés de la vie domestique

Télétravail à côté des mar­mots, tâches ména­gères, ave­nir de l’humanité… les hommes en ont gros sur la patate, d’après un nou­vel article du Figaro consa­cré à la charge men­tale des pères de famille, “ce sujet tabou dont on ne parle qu’en cou­lisses”. De quoi s’étouffer dans sa liste de courses.

Ça fai­sait un bail qu’on avait pas ri comme ça. À moins qu’il faille en pleu­rer ? Le Figaro consa­crait hier un article à la charge men­tale des pères de famille (oui oui, les mêmes pères de famille inca­pables de vio­lences ou de com­por­te­ments miso­gynes, selon la croyance popu­laire, lol). Un texte éclai­ré, dépour­vu de toutes sta­tis­tiques ou témoi­gnages des com­pagnes de ces­dits hommes des temps modernes, sub­mer­gés par la mon­tagne de cor­vées qui leur tombe de nulle part sur les bras. Décidément, on ver­se­rait bien une petite larme. 

Chérie, j'ai des gosses

“Je dois gérer des choses dont je ne m’occupais pas”, confie au Figaro Guillaume (c’est un pré­nom d’emprunt, comme usuel­le­ment en cas de témoi­gnages dou­lou­reux où il s’agit de poser des mots sur des maux), “cadre dans un grand groupe fran­çais et père de trois jeunes enfants” qui a visi­ble­ment fait la décou­verte effroyable de l’existence de ces trois mar­mots pen­dant le confi­ne­ment. Comprenez, avant l’avènement du télé­tra­vail dû à la crise sani­taire, il était facile de pas­ser outre les besoins et sol­li­ci­ta­tions de ces jeunes pousses dont on ne savait pas grand-​chose. “Le confi­ne­ment a tota­le­ment détruit la fron­tière – qui était déjà bien abî­mée – entre la vie pro­fes­sion­nelle et la vie per­son­nelle”, explique Quentin Périnel, auteur de l’article. Peu importe qu’il en ait tou­jours été ain­si pour les mères, dont 83 % se lèvent encore plus sou­vent la nuit que leur conjoint quand leur enfant pleure et se rendent quand même au tra­vail le lendemain. 

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Dur dur, donc, de se décou­vrir père du jour au len­de­main, telle une femme en déni de gros­sesse qui accouche dans ses toi­lettes. D’autant plus lorsqu’on sait que “les pères sont sou­mis à de plus en plus d’injonctions d’être ‘de bons parents’”, affirme Rose Olive de Chérisey, psy­cho­logue inter­ro­gée par le Figaro, qui constate quand même “encore une plus forte prise en charge du foyer par les mères”. Le constat est néan­moins sans appel : envo­lée, l’époque glo­rieuse de l’insouciance où les hommes pou­vaient se conten­ter d’aller jouer au golf, boire des coups et être des parents médiocres. La ten­dance est à la recon­nais­sance de ses responsabilités. 

"Faiblesse émo­tion­nelle"

Plus injuste encore, reprend le jour­na­liste du Fig, “cer­tains pères mani­festent ce besoin d’être recon­nus, non plus comme ‘de grands enfants’ venant mettre en dif­fi­cul­té l’équilibre de leur conjointe… mais éga­le­ment por­teur de la charge puisqu’ils se sentent tout aus­si inves­tis et pré­sents dans la ges­tion de la vie quo­ti­dienne”. OK, les femmes passent en moyenne chaque jour 3 heures aux tâches domes­tiques quand les hommes y consacrent 1 h 45, les mères 1 h 35 aux tâches paren­tales, les pères 41 minutes – d’après l’Observatoire des inéga­li­tés – mais une petite médaille, une tape sur l’épaule, un “bra­vo bon­homme” pour ces 2 heures de dévoue­ment fami­lial, serait-​ce tant demander ? 

Lire aus­si I Charge men­tale : fal­lait donc vous faire un des­sin 

Désormais, "la femme n'étant plus assi­gnée d'office aux tâches domes­tiques et le père en pour­voyeur des reve­nus… les tâches et mis­sions de la famille sont tota­le­ment aléa­toires et rebat­tues", nous explique Quentin Périnel, mer­ci les fémi­nistes qui ont fou­tu le bor­del dans une répar­ti­tion des rôles gen­rés, qui ren­dait tout de même les choses moins prise de tête.

Déboussolés et sur­char­gés, les hommes modernes se traînent une souf­france indi­cible. Le sujet de la charge men­tale mas­cu­line reste en effet “encore tabou pour les pères qui peuvent y asso­cier une fai­blesse émo­tion­nelle, une inca­pa­ci­té de faire face”, pour­suit le jour­na­liste. Voilà en plus qu’il fau­drait admettre que les res­pon­sa­bi­li­tés qui pèsent sur les femmes depuis la nuit des temps sont bien réelles et s’apparentent à du labeur gra­tuit et ingrat. Un aveu qui mena­ce­rait par la même occa­sion toute la rhé­to­rique d’un sys­tème de domi­na­tion savam­ment éla­bo­ré depuis tant d’années. C’est le pompon !

"Sauver la France"

Qu’on se ras­sure, si les hommes se sentent un peu débor­dés, ce n’est pas parce qu’ils sont faibles, mais parce qu’ils sont inves­tis de davan­tage de mis­sions, grands bafoués qu’ils sont de la redis­tri­bu­tion moderne des rôles jadis gen­rés. “Je m’auto-persuade que je dois à la fois sau­ver la France, m’occuper des enfants, faire toutes les tâches ména­gères ou presque, gagner de l’argent. J’ai conscience que c’est too much mais je pense que c’est aus­si l’époque qui veut ça”, déplore ain­si Guillaume. “J’ai le sen­ti­ment que c’est moderne et que c’est le sens de l’Histoire”, abonde encore Charles, qui dit sou­hai­ter “mettre les mains dans le cam­bouis”.

Optimiste face à l’adversité, Quentin Périnel conclut quand même par une phrase digne d’un bou­quin de déve­lop­pe­ment per­son­nel en solde dans un aéro­port : ces évo­lu­tions de la socié­té s’apparentent selon lui à “un véri­table chan­tier fami­lial où tout devient pos­sible”. Dans cette nou­velle confi­gu­ra­tion, libre à chacun·e de réin­ven­ter la dyna­mique domes­tique. Comme des cruches, on n’y avait pas pen­sé. Heureusement que le Figaro et les hommes sont là.

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