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© Nirmal Purja / AP / SIPA

Bouchons mortels sur le toit du monde

De plus en plus d’alpinistes rêvent de gravir l’Everest. Cette surfréquentation cause des embouteillages au sommet et, pire, des décès. Imaginez une longue file de personnes emmitouflées dans des doudounes faisant la queue sur une corniche. Nous sommes dans « la zone de la mort » sous le sommet de l’Everest, dans la chaîne de l’Himalaya, au Népal. À cette altitude où l’oxygène est rare, les engelures ou l’œdème cérébral menacent.
Le 22 mai, plus de deux cents alpinistes ont profité de la météo favorable pour tenter d’atteindre le toit du monde à 8 848 mètres. Résultat : un immense embouteillage immortalisé sur Instagram par l’alpiniste népalais Nirmal Purja Magar. Sur cette corniche sommitale, les candidat·es à l’Everest inexpérimenté·es avancent lentement, mettant en danger leur vie et celle des autres. Quatre des onze décès recensés lors de cette saison sont dus à l’encombrement. 
En 2019, 885 alpinistes sont parvenu·es au sommet de l’Everest, battant le précédent record de 807 personnes. Première cause des embouteillages : la courte fenêtre que se partagent les expéditions pendant la saison des ascensions, entre avril et mai. Cette année, les conditions météo ont été bonnes pendant six jours seulement.
Seconde cause : le business florissant de la montagne. Depuis les années 1990, les autorités népalaises ont libéralisé l’ascension de l’Everest. Contrairement à la Chine, moins permissive, le Népal délivre de nombreux accès, soit 381 cette année, au prix unitaire de 11 000 dollars. Interrogé sur France Info le 24 mai, l’alpiniste français Marc Batard dénonce « des agences qui prennent n’importe qui en leur faisant croire qu’ils vont arriver au sommet de l’Everest ». Une expédition coûte de 45 000 à 60 000 dollars. Et beaucoup plus cher pour celles et ceux qui n’en reviennent pas. 

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