La copine de Causette Publié le 27 Octobre 2014 par Margot Loizillon

L’éclat de vivre Mélanie

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Chaque jour, en France, plus de deux cents femmes sont violées*. Depuis ses débuts, “Causette” – et beaucoup d’autres médias et associations – tente sans relâche de faire bouger les lignes. Vous êtes également nombreuses, chères lectrices, à témoigner spontanément : nous lisons vos lettres, vos e-mails, et ressentons à chaque fois un instant de triste impuis- sance. Comment vous dire notre empathie et notre soutien en dehors de notre travail de journaliste? Et puis Mélanie est arrivée. Et nous avons voulu publier son histoire in extenso. Parce que son parcours est celui de toutes les femmes qui ont eu à subir cette violence totale, parce qu’elle incarne ce que psys, sociologues et médecins valident: la décorporation, la honte de soi, les syndromes post-traumatiques... et la possibilité de reconstruction. Mélanie, aujourd’hui souriante, n’est plus une victime, elle voulait le faire savoir. Notre journaliste Margot Loizillon a recueilli ses paroles – et ses silences. C’est un témoignage dur que nous devons, femmes et hommes, lire. Afin que s’attise notre vigilance.

La première fois que je rencontre Mélanie, elle attend le procès en appel de son viol. Il y a presque un an, elle a gagné devant la cour d’assises, mais son agresseur conteste sa condamnation. C’est parole contre parole. Le viol a eu lieu il y a près de dix ans, il n’y a aucune preuve matérielle. Elle est lasse et sait que tant que cette histoire ne sera pas close par une décision de justice il lui sera difficile d’avancer, de vivre sa vie.

 

Elle a 17 ans au moment du viol. Elle habite une petite ville des Pyrénées-Atlantiques avec sa mère et sa petite sœur, Émilie. Divorcée depuis près de dix ans, leur mère a un nouveau compagnon, chez qui elle passe souvent ses soirées. C’est le frère de ce dernier qui, ne voyant pas la voiture devant la maison, entre cette nuit-là dans la chambre de Mélanie, la viole et repart. Le lendemain, Mélanie se lève et va au lycée, comme si de rien n’était. Elle n’en parle à personne. La seule chose qu’elle a faite, juste après, c’est se laver, se laver encore et encore. Quinze jours plus tard, son violeur revient, en plein jour cette fois-ci. Il tente à nouveau de la contraindre, elle lui dit qu’elle a ses règles, il la lâche. « Cette deuxième agression m’a complètement secouée, j’ai pété les plombs. Ce qui est fou parce que, quinze jours plus tôt, c’était presque comme si... J’ai fait comme si... rien ne s’était passé. »

 

Mélanie appelle son ex-petit ami, de qui elle est restée très proche. Celui-ci arrive aussitôt, accompagné de sa mère. La mère de Mélanie les rejoint également. Direction l’hôpital de Pau, où Mélanie raconte son histoire. On lui demande si elle souhaite porter plainte. Elle refuse.

 

« Est-ce que ta mère te croit à ce moment-là ?

– Seulement si je porte plainte, elle a besoin d’une preuve. [Un temps.] Je ne sais plus combien de temps après ça j’ai porté plainte. C’était... je ne sais plus... »

 

Écouter Mélanie, c’est accepter les « je ne me rappelle plus ». C’est aussi laisser passer de longs silences pendant lesquels on épie son regard, si vert.

« Pourquoi tu refusais de porter plainte ?

– J’ai toujours eu l’impression que c’était de ma faute, que c’était moi qui déclenchais tout ça. »


... La suite dans Causette #50.

Publié le 27 Octobre 2014
Auteur : Margot Loizillon | Photo : Yves Samuel pour Causette
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