Société Publié le 24 Octobre 2014 par Causette

[TÉMOIGNAGES] Nos lectrices, nos lecteurs, et leur crise d'ado 23/10/14

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À la suite du dossier de Causette #48, “Elle a bon dos, la crise d'ado !”, nous avons demandé, via les réseaux sociaux, à nos lectrices et lecteurs de nous raconter comment ils avaient vécu la leur ou, tout simplement, l'absence de cette crise. Nous avons reçu de nombreuses réponses, assez diverses, mais toujours touchantes, que nous publions ici. Ces témoignages montrent l’importance de cette période de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Merci à vous qui avez pris le temps de nous conter ces instants de vie.

« Je me souviens que mon père mettait sur le compte de la “crise d’ado” le fait que je remette en question certaines choses (que ce soit aux femmes de faire le ménage chez moi, par exemple…). Ma prise de conscience du monde qui m’entourait et mon envie de changer des éléments étaient mises sur le compte d’une “crise” ce qui me rendait encore plus enragée… Peut-être qu’à l’époque mon vocabulaire n’était pas toujours bien choisi et ma façon de m’exprimer maladroite, mais, pour moi, si j’étais en “crise”, ce n’était pas passager et je revendique toujours les mêmes choses ! »

Lu

 

« Je n’ai jamais connu la ”crise d’ado”. Mon frère aîné n’en avait pas fait alors mes parents m’avaient prévenue : ils voulaient que je fasse de même. J’ai donc grandi avec cette idée qu’il ne fallait surtout pas passer cette période dans l’affrontement et j’ai tout fait pour que cela se passe le mieux possible. Je ne faisais pas de vague, je travaillais au lycée, j’étais un peu l’ado “modèle”. Je me moquais même de ces jeunes qui faisaient la vie dure à leurs parents. Je désirais contenter les miens à tout prix.

Avec le recul, c’était comme ne pas avoir de jeunesse et être adulte trop tôt. Aujourd’hui, je constate que je paie ce silence, ne pas m’être exprimée ado. C’est maintenant que j’ai parfois envie de claquer la porte, de répondre mal, de m’imposer, de montrer que j’existe. J’ai souvent entendu qu’il était dangereux de faire sa crise d’ado tardivement. Je me dis souvent qu’elle se fera à 30 ans et cela me fait un peu peur. Et comment réagirai-je lorsque j’aurai des enfants ? J’espère ne pas reproduire le même schéma. »

Marine, 22 ans

  

« J’ai été mère relativement jeune, 20 ans à peine. Je voulais une famille. MA famille. Fuir ma mère. Je l’ai quittée dès que j’ai pu, 18 ans, la majorité. Ma vie à ses côtés était orageuse, douloureuse. Je vivais seule avec elle et je devais régulièrement faire face à ses changements d’humeur, à sa peur déraisonnée de la gent masculine qu’elle camouflait derrière un féminisme exacerbé et qui cachait surtout la solitude qui la rongeait. […] Je subissais les regards compatissants du reste de la famille, des rares amis qui me parlaient de ma crise d’adolescente. C’était moi qui étais donc en crise. Si je ne la supportais plus, si je ne pouvais plus communiquer avec elle, ni me construire intellectuellement et socialement, c’était ma crise.

Autant dire que le jour où j’ai tenu ma fille dans mes bras, le challenge était grand. Et derrière cette joie nouvelle et immense, je pensais déjà à sa crise d’ado et au jour où elle me détesterait. Inévitablement. Alors, en attendant, j’ai vécu. Je me suis construit une vie de femme équilibrée. Je me suis épanouie auprès d’un homme, je me suis découvert des passions. J’ai aimé ma fille, je l’ai regardée grandir et je lui ai parlé. De ma mère, de la vie, des femmes, de l’amour, du sexe, de la société. […] De choses importantes, de l’avortement, du respect de son corps, du suicide de ma mère. Chaque jour, elle a grandi et voilà qu’elle a bientôt 16 ans. Comme ça. Sans drame, sans larmes. »

Chloé

 

« La crise d’adolescence est, dans mon cas et dans celui de quelques amies, une période de déprime (et non de dépression, c’est à nuancer). Le futur nous terrifie et nous sommes émotionnellement fragiles. Une rupture douloureuse, un amour non réciproque, une période d’extrême solitude, une situation familiale compliquée… tout cela fragilise les adolescents un peu plus que les adultes. Alors oui, la crise d’adolescence est une invention de la société, mais elle peut avoir de graves conséquences sur le mental. »

Une lectrice anonyme, 17 ans

 

« Je suis éducatrice auprès de jeunes de 14 à 18 ans. Je les aime, surtout parce qu’ils me permettent d’entrer en lien avec eux de façon intelligente. […] Ils m’amènent à jouer d’humour, d’écoute, de bienveillance, de modestie, de dérision. […] On se cadre mutuellement en fait. Ah ! bien sûr, faut se les fader les guéguerres de groupes, les “raoul” qui pisseront le plus loin, les poufettes qui sont les meilleures amies de la terre, à la vie à la mort, et qui se déchirent la gueule le lendemain… et je reste soft. Mais même dans ce qu’il y a de très pénible chez eux, il y a toujours quelque chose de très émouvant. Ils me font souvent penser à l’albatros du poème de Baudelaire. […] Ils ont, pour beaucoup, encore leur tête de gaminou sur un corps d’adulte, ils font style de tout savoir, mais bon : “On m’a dit qu’une femme avait trois trous, comment on fait pour pas se tromper ?” Ils ont la trouille, ils sont pénibles, ils ont peu de places, ils sont magnifiques. Aimons-les !!! »

Marie

 

« En classe, tu ne peux pas être d’un avis contraire à ton professeur sans qu’il esquisse un rictus hautain en réduisant ta protestation à l’expression de la “crise d’ado”. Ah ! ça y est, ça commence. Jusqu’au lycée, c’est toujours valable. À l’école surtout, mais aussi à la maison, la moindre chose un peu futile, mais qui a le soin de me contrarier me confère tout de suite “des sautes d’humeur liées aux hormones ou à la crise d’ado”. La morale de tout ça, c’est qu’il faudrait voir à ne pas confondre “crise d’ado” et “personnalité exacerbée”. Je continuerai à ouvrir grand ma gueule, surtout pour le droit des femmes, et ce même si la crise d’ado doit durer jusqu’à mes 70 printemps. »

Laureen, 17 ans

« Quand j’y repense, le début de l’adolescence a été une période bien difficile à traverser. Ça a commencé par une puberté assez prématurée, règles à 11 ans, seins qui poussent et acné ; je me suis vite sentie en décalage. Et ce décalage n’était pas seulement physique, malgré une bonne bande d’amis au fil de ma scolarité, je ne me sentais pas en phase avec les gens qui m’entouraient. Un sentiment d’être à côté, bizarre, différente.

Entre 13 et 16 ans, j’avais un mal de vivre dont les raisons me paraissaient obscures. Mal dans ma peau, mes pompes, ma tête. J’en ai passé des nuits en boule, en proie à de telles souffrances qu’elles me paraissaient sans espoir, sans remède possible. Des nuits blanches pleines de questionnements dans le genre “Mais qu’est-ce qui merde chez moi ?”, à me haïr et haïr le monde… Mes parents, séparés petite, mon père peu présent, la bêtise des gens, les inégalités quelles qu’elles soient. Et pourtant, je croyais que tout ça n’était pas la raison de mon désespoir, je voulais creuser, loin, comprendre pourquoi je souffrais. […] S’installe alors comme une espèce de complaisance à souffrir et penser que personne ne peut t’aider. Ma mère en a pourtant subi des courtes nuits, à me tenir compagnie pour essayer de me sortir la tête de l’eau et me consoler, sans jugement aucun ; juste une oreille. Je la remercie encore pour son courage, de m’avoir épaulée et supportée.

Mais mon principal exutoire a été l’écriture. J’écrivais beaucoup, pour mettre des mots sur mes maux. […] Je suis allée voir quelques psys, sur une suggestion de ma mère, mais je n’étais en quelque sorte pas prête à m’ouvrir, à faire confiance à qui que ce soit : “Ma douleur c’est la mienne, que vas-tu bien pouvoir y changer ?” […] Le pire dans tout ça, c’est l’impression que c’est irrémédiable. Qu’à vie, on aura un penchant à la dépression et qu’on ne peut rien faire contre ça. […]

Finalement, je crois que le temps y fait, la fin du lycée et l’entrée à la fac aussi. Avec du recul, j’ai quand même le sentiment de mieux me connaître, et de savoir gérer mes émotions. Sentir que, quand la déprime – et l’autoflagellation qui va avec – pointe le bout de son nez, il faut vite éviter qu’elle ne s’installe trop longtemps ; l’accepter sans qu’elle ne prenne ses aises. J’ai appris à me laisser aller, à me foutre du regard des autres et à aller vers eux, parce que non ils ne me veulent pas tant de mal que ça. C’est en fait mûrir, non ? »

Lou

 

« Je gueulais et je fuguais, pour me défendre, quand je trouvais la situation injuste. Ivre de colère, je n’avais pas les mots qu’il fallait pour me faire entendre. Ou même pour me comprendre. Disons que le discours ne volait pas beaucoup plus haut que les noms d’oiseaux… Et jamais avec mes parents, on ne s’est assis autour d’une table pour en discuter calmement. […] Plus tard, après quelques années de psychothérapie, j’ai pu mettre des mots sur ce contre quoi je me battais. Mes parents étaient maltraitants, mais surtout psychologiquement. Et ce phénomène, quand j’étais ado, on n’en entendait pas beaucoup parler…

Je suis partie à 16 ans et demi. J’étais toujours un peu punkette, mais j’ai réussi mes études brillamment. »

Magali

 

« La “crise d’ado”, c’était ce terme bâtard derrière lequel mes parents se réfugiaient pour expliquer mon immense colère, une expression bien pratique pour dissimuler quelque chose de plus précis, de moins confortable. Jusqu’à l’âge de 25 ans, j’ai vécu dans le mensonge : personne ne m’a expliqué que mon père biologique était un mafieux de bas-étage doublé d’un toxico – une addiction qui aura largement réduit son espérance de vie. On ne me dit pas non plus que j’ai passé la première année de ma vie séparée de ma mère. À la place, on m’a raconté que mon père biologique était mort dans un accident de voiture. […] Je me souviens aussi que, du haut de mes 7 ans, j’ai voulu détendre mes parents en faisant une blague : « Alors t’es un imposteur ? » ai-je demandé à mon père. Je l’appelle ainsi, car c’est lui qui m’a reconnu devant la loi, et c’est lui qui m’a élevé depuis l’âge de 2 ans. Impossible même de le penser autrement. Le tabou donc. Nous n’aborderons véritablement le sujet que 23 ans plus tard. Entre temps, j’exprime mon mal-être comme je peux : insolence, fugues, crises de colère à répétition…

À tel point qu’à 17 ans, je supplie l’assistante sociale de convaincre mes parents de me laisser aller à l’internat du lycée cinq jours par semaine. Nous habitons pourtant à quelques minutes, mais je n’en peux plus de cette crise d’ado, de ces engueulades monstrueuses avec mes parents. […]

J’étais devenue une furie, ne vivant à leurs côtés que pour leur pourrir la vie. […] Je faisais le mur, je leur volais des sous dans le porte-monnaie, j’aurais craché dans leur assiette si j’en avais eu l’idée. […] Au lycée, j’ai même écrit une chanson pour le groupe de métal du mec dont j’étais follement amoureuse : Instincts meurtriers, qui décrivait mes envies de meurtre à leur égard. Et je ne vois pas d’autre explication à cela qu’un terrible besoin de discuter de mes racines, d’en savoir plus sur mon père biologique, même si j’aime profondément mon père – encore actuellement. Car je ne manquais ni d’attention, ni de compréhension, ni de biens matériels – ne négligeons pas leur importance à cet âge où le groupe, la sociabilité prennent tant d’importance.

[…] Un jour, mue par cette colère qui m’anime depuis que les hormones sont apparues, ou alors par l’envie de me faire remarquer, ou bien encore par l’idée de tout gâcher, je raconte autour de moi que j’ai été violée par mon père à l’âge de… 7 ans. Ce qui est totalement faux. Mais je le raconte si bien, je n’ai tellement pas vu le truc venir, que je finis par y croire. Jusqu’au jour où un ex en colère téléphone à mon père pour lui expliquer ce que je raconte à son sujet. Je n’ai jamais vu mon père comme ça – il était dévasté, dans une incompréhension totale. Je me suis sentie petite, misérable, désolée comme jamais. Et en même temps, je crois qu’à cause de cela, il a pris conscience de mon mal-être… dans lequel j’étais maintenue.

Bien des années plus tard, après une thérapie longue et fructueuse, je pars en Italie à la rencontre de ma tante, de mes grands-parents biologiques. À la recherche de la vérité. En vain puisque là-bas encore, je serai confrontée au tabou. Mais quand j’aborde enfin le sujet avec mes parents, leur racontant ma visite (j’allais écrire : ma quête) en Italie, ma mère me dit avec un soupir de soulagement : “Ah ! enfin ! Je me demandais quand tu viendrais me parler de ton histoire !”

Parents, ne dissimulez pas à vos enfants leur propre histoire. Et n’attendez pas qu’ils viennent vous demander d’en parler, s’ils sentent votre malaise, ils ne le feront pas. J’ai longtemps eu la sensation d’être née dans la honte. […]

Aujourd’hui, j’ai choisi de travailler avec des ados. Car je n’ai pas oublié ce que c’est que de traverser cette période houleuse, faite de grands et de petits malheurs, et qui peut être aggravée par une histoire singulière…. Et c’est vrai qu’à 14 ans, je vois une cassure nette, une révolte qui naît, qui gronde, qui s’exprime maladroitement parfois, mais qu’il est de mon devoir d’accompagner. »

Alice

 

« J’ai vu débouler des hormones, un corps dont je ne savais pas quoi faire et quelques autres détails... On a envie d’être tout seul, de pleurer, de s’énerver puis ça finit par passer, puis ça recommence, puis ça passe. Ça finit par se stabiliser au bout d’un petit moment.

Ma chance : avoir rencontré une prof de poésie fabuleuse qui m’a permis de traverser les rivages de l’adolescence sans encombre. Tu ne comprends pas ce qui se passe ? Mets des mots dessus. Mon autre chance : mes parents. Qui ont su me guider, m’expliquer, m’interroger. Qui n’ont pas fait du sexe un tabou inutile et m’ont expliqué pourquoi fumer ne servait à rien. Mes parents qui m’ont toujours dit : “Vas-y, fonce !”

La crise d’ado ce sont des hormones dont on ne sait pas quoi faire, des rêves en pagailles, des familles qui crient et se réconcilient, des maisons jamais vides, des émotions nouvelles et surtout le début d’une nouvelle vie. Alors crise ou pas crise ? Plutôt chrysalide... »

Justine

 

« J’ai toujours voulu être un garçon. Dans ma famille, on était mieux lotis en tant que garçon (droits et devoirs confondus), alors je me rappelle avoir eu deux vies, celle de la petite fille idéale pour maman, toujours bien habillée, polie et serviable, puis, dès que je sortais, je prouvais à qui voulait ou ne voulait pas le savoir que les filles aussi “ça avait des couilles”. Mon principe était d’affirmer que le hommes étaient inférieurs aux femmes et qu’ils étaient incapables de résister aux femmes, dans n’importe quel sujet. Et après avoir eu une relation avec un homme de vingt-cinq ans mon aîné, j’ai compris que j’avais tort.

Aussi j’ai dû faire la paix avec moi-même et ma famille. Je n’étais ni une “super nana over-couillu” ni une petite fille idéale. Ma rencontre avec moi-même a duré quatre ans, accompagnée d’une psychanalyse. La redécouverte de ma famille a pris du temps, en fait nous ne nous connaissions pas. Ça a été triste au début de se rendre compte de la méconnaissance mutuelle avec chacun des membres de ma famille. […] Aujourd’hui, j’apprends à être parent, ça va pas être de la tarte… »

Gamzé, 31 ans

 

« Je n’irais pas jusqu’à dire que j’étais le plus malheureux du monde, mais je dois bien avouer que ma période collégienne reste au panthéon des pires souvenirs que j’ai jamais eus. Jamais je ne m’étais senti aussi mal que là-bas, jamais je ne me suis autant méprisé qu’alors. Et je pense le plus sincèrement du monde que cette période de notre vie est celle où l’on est le plus influençable, en pleine construction.

J’étais, avant cela, un garçon gentil, sincèrement gentil. […] À partir du moment où j’ai atteint le collège, le festival commença. […] On m’a vu arriver, accompagnant deux amis venant de mon village (vive la campagne), tous deux souffrant, comme tout ado qui se respecte, du même problème : on veut de l’attention. Ils en voulaient, absolument, l’attention de leur pair, un regard du leader de la place, pour être bien sûr d’exister. Mais, à un moment, le raisonnement est parti en cacahuète chez eux. “Tiens, et si j’emmerdais le monde un MAXIMUM, comme ça les gens me regarderont !” Les pires têtes à claques que vous n’ayez jamais vues dans votre vie. Juré. Et ils en redemandaient les bougres, encore et toujours !

Mais je les connais depuis longtemps, ils étaient comme des petits frères, j’avais pour eux un genre d’affection empreint de responsabilité et d’agacement extrême. Eux, moi, comme tous les autres “cas sociaux”, comme on nous appelait, nous étions en quelque sorte faits pour former un groupe compact, soudé par la colère d’être méprisé simplement pour ce que nous étions. […]

Le pire, c’est que dans notre soi-disant “bande d’amis”, nous nous détestions autant les uns les autres que nous détestions les autres. Pourquoi donc ? Entre les têtes à claques citées plus haut et les autres égoïstes, j’avais de la matière. J’appréciais un peu leur compagnie, partage du fardeau. Je serais devenu dépressif sans eux. Mais je n’en suis pas passé loin en leur compagnie. Comment être heureux de traîner avec des gens qui ne s’intéressent pas à toi, qui ne sont en ta compagnie que par dépit et qui n’hésitent pas à t’abandonner dès qu’ils ont l’occasion de se faire bien voir de ceux qui les méprisent ? […]

Le personnel enseignant et les adultes responsables, me direz-vous, que faisaient-ils ? En vérité, je n’ai jamais autant méprisé des gens que ces gens-là. Les pires n’étaient pas les crétins qui prenaient un plaisir intense à voir quelqu’un souffrir à cause d’eux, les vrais coupables étaient les autres, tous ceux qui voyaient, mais baissaient la tête en attendant que ça passe. “Si je ferme les yeux, est-ce que ça va disparaître ?” Non, espèce de lâche. Enseignants, amis ou autres élèves, nous regardions l’injustice adolescente dégouliner sous nos yeux sans rien faire, parce que c’était plus simple. Je ne faisais pas exception à la règle, et je me détestais autant que je les détestais. Quel est alors l’intérêt de se lever le matin ?

[…] Cette période a changé mon regard sur le monde. Je ne suis plus du tout gentil. Je suis agressif, méfiant, toujours à m’attendre au pire de la part de mon entourage. Je me surprends encore à avoir du mal à faire confiance, même aux personnes les plus proches de moi. Qu’aurais-je dû faire ? Abandonner et mépriser ouvertement ceux que l’on considère comme différents pour m’intégrer ? Cette idée me répugne. Si je devais recommencer, je referais les choses de la même manière. Parce que peut-être, je dis bien peut-être que je m’en suis mieux tiré que les autres au final. Et je n’aurais pas su autant apprécier la valeur des gens que j’ai rencontrés par la suite, et qui sont devenus les personnes les plus importantes au monde pour moi. […] Mais lorsqu’on est adolescent, on est prêt à tout pour capter l’attention, voire l’admiration de nos semblables, on veut appartenir à un tout, et c’est plus facile quand on a quelque chose à mépriser tous ensemble. Finalement, les ados et les adultes sont-ils bien différents ? Les moyens changent, mais le but n’est-il pas le même ? »

Batiste, 19 ans

 

« Je crois que la crise d’ado, c’est juste une expression qui désigne ce qu’on cherche tout au cours de la vie. Évidemment, à une période, celle de l’adolescence, c’est plus intense, on se cherche, on ne s’aime pas vraiment, on n’est pas très bien. Mais je crois que quand on se dit “adulte”, il serait absurde de dire que cette période est terminée, qu’on en a fini avec la “crise d’ado” et tout ce que cela engendre, parce que cette période, même si elle est moindre, reviendra. Aujourd’hui, je me sens encore ado, à 19 ans, ce qui, je pense, est normal, mais je peux dire que je n’ai jamais eu l’impression d’être entièrement plongée dans LA crise d’ado à proprement parler, même si mon adolescence n’était pas non plus toujours agréable. Peut-être qu’il me faut du recul ? En tout cas, la crise d’ado, pour moi, elle n’existe pas vraiment en tant que crise subite, mais en tant que coupure progressive pour passer d’un monde à un autre, celui où on est protégé par les autres, construit par les autres, à celui où l’on se protège nous et où on se construit nous-mêmes, et c’est vraiment quelque chose qui doit se travailler pendant très longtemps. »

Morgane, 19 ans

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le dossier "La crise d'ado, elle a bon dos" en commandant Causette #48.

Publié le 24 Octobre 2014
Auteur : Causette
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