cinema Publié le 15 Octobre 2014 par Manon Giraudo

Être noire dans la France des années 2000 15/10/14

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Vendredis 26 décembre et 2 janvier, le cinéma Saint-André-des-Arts à Paris projette à nouveau le triptyque documentaire “Nous, Noires et Françaises”, de Lorène Debaisieux, accompagné de rencontres et débats. Franciliens, il faut absolument vous y rendre.

« Amouni ! ». C’est, dans sa langue malienne, ce que dit la mère à sa fille : « Supporte ! » Supporter la polygamie du père en l’occurrence, mais plus largement le racisme, la difficulté à se faire une place dans la société, les peines de cœur ou l’excision répétée dans les foyers par tradition. Ce sont les vastes sujets traités dans le triptyque documentaire Nous, Noires et Françaises, réalisé par Lorène Debaisieux, produit par "Artline films" et sorti entre 2004 et 2007. Il est à nouveau donné les vendredis 26 décembre et 2 janvier au cinéma Saint-André-des-Arts, à Paris, et est accompagné de rencontres-débats.

Noires beautés, Noires promesses et Noires douleurs suivent Nadège, Fatou, Souria, Oumou, Charlène, Lucie et d’autres dans leurs rituels de beauté, leur vie de famille, leurs voyages au pays d’origine et leurs combats contre le poids des traditions familiales. Les documentaires, format 52 minutes et réalisés façon Strip-Tease, sans commentaire, révèlent, avec une grande délicatesse et beaucoup de pudeur, comment de jeunes femmes françaises à la peau noire appréhendent leur vie dans un pays qui les a vues naître ou accueillies.

On croise l’incroyable Charlène qui propose des « leçons de mise en beauté pour femmes de couleur » et en profite pour distiller des concepts philosophiques et militer pour que ses clientes se qualifient de « noires » et non pas de « blacks ». On voit Fatou donner des conférences dans une maison de jeunesse au Mali pour défaire les illusions de jeunes qui rêvent du grand départ vers la France. On s’émeut avec Nadège, princesse d’une grâce folle, lorsque arrive dans son salon, un superbe bouquet de fleurs, livré par celui qui semble, cette fois-ci, être « le bon ». Un blanc.

Et puis il y a l’excision. Dans le dernier volume, Noires douleurs, la réalisatrice Lorène Debaisieux a réussi un tour de force : approcher ses sujets de si près que les femmes victimes d’excision se livrent et mettent des mots sur la terrible douleur qui les habitent depuis le jour où, sous prétexte de vacances au pays, on leur a arraché clitoris et petites lèvres. Noires douleurs se penche sur la question de la chirurgie réparatrice ad hoc, en accompagnant l’une d’elles au rendez-vous avec le docteur Pierre Foldès, qui consacre sa vie à permettre aux femmes de découvrir un plaisir sexuel qu’elles n’ont jamais connu.

Nous, Noires et Françaises est une grande claque, la réalité documentaire qui complète la fiction de Bande de filles, de Céline Sciamma. Aujourd’hui, presque dix ans après leur rencontre, Lorène Debaisieux raconte qu’Oumou « ne quitte pas des yeux ses filles lorsqu’elles visitent le Mali ». Les autres aussi vont bien, sauf Fatou, qui n’a pas la garde de ses enfants. Souria remonte sur les planches à la Manufacture des Abesses pour Mary Prince, un spectacle sur une esclave noire qui a écrit ses mémoires (dont on vous avait parlé dans Causette #43). Lucie, après avoir quitté le Cameroun pour Paris, s’apprête désormais à s’installer définitivement à New York pour y rejoindre ses filles. Et est déjà nostalgique de la France.


 

8€ la séance, 6,50€ pour les tarifs réduits.

Vendredi 26 décembre à 13h au Saint-André des Arts : Noires Promesses suivi de Noires Douleurs.

Vendredi 2 janvier à 13h au Saint-André des Arts : Noires beautés suivi de Noires Promesses.

Publié le 15 Octobre 2014
Auteur : Manon Giraudo
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