Images Publié le 13 Octobre 2014 par Anna Cuxac

Expo Faujour : raconter notre temps en se marrant 13/10/14

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“Trois mois ferme”, l’exposition des dessins de Faujour, se tient jusqu’au 2 janvier 2015 à Paris. Rencontre avec un dessinateur de presse engagé, insolent, un peu bourru d’approche mais vrai gentil.

« Il vaut mieux un bon dessin qui soit limite, presque Front national, et réac, qu’un mauvais dessin chiant de gauche. » L’impertinence du dessinateur Faujour dérange un peu de prime abord, mais elle masque mal une sensibilité sincère aux autres. Habitué à la presse bien à gauche (L’Humanité ; Siné Hebdo ; L’Anticapitaliste, la publication du NPA) il est l’invité du cabinet d’avocats Tricaud-Traynard, place Denfert-Rochereau à Paris pendant trois mois. Il y a réuni 95 de ses dessins « qui [le] faisaient rire », dont certains jamais publiés.

 

 

« Je me censure moi-même, et plus qu’avant. Notamment à propos de l’islam », explique Loïc Faujour. En 2006, l’exposition collective Ni Dieu ni Dieu, à laquelle il participe dans un café de Belleville avec Charb, Luz, Siné et d’autres, est vandalisée par une bande d’enfants soutenue par des jeunes plus âgés qui menacent de mobiliser « les Frères musulmans de Belleville ». Nous sommes alors un an après l’affaire danoise des caricatures de Mahomet et le soutien des journaux satiriques français aux Danois, en tête desquels Charlie Hebdo.

 

« Pour attaquer frontalement comme fait Charb, il faut être courageux. Il n’a plus rien à perdre en même temps, et il a l'avocat de Charlie Hebdo derrière lui, contrairement à moi qui suis indépendant », analyse Faujour. Chemise blanche et lunettes de vue sur le front, il déambule entre les invités du vernissage, ce jeudi 9 octobre, tandis que ses œuvres – 50 ou 100 euros selon le format – partent comme des petits pains.

 

 

À 55 ans, Faujour affiche un regard lucide, voire acéré, sur sa carrière : « Je suis un ouvrier du dessin. Je ne fais pas toujours ce que je veux. J’ai des commandes, et j’y réponds. C’est tout de même drôle que ce qui me fait bosser pour L’Anticapitaliste, ce soit mon prêt au Crédit agricole. Les capitalistes me font plancher pour l’extrême gauche. » Un bord extrême dont il a fait partie avant une « rupture ». « Les militants sont incapables de rigoler d’eux-mêmes. »

 

Du coup, à la dernière présidentielle, Faujour a glissé une étiquette de Flamby dans l’enveloppe, pour faire marrer sa fille, qui était de dépouillement. Derrière l’ironie éclairée et les airs désabusés, il y a cependant une vraie conscience « de gauche » chez Faujour. « Après les Beaux-Arts de Rennes, je suis monté à Paris et j’ai fait le tour des rédactions sans succès. Alors, avec mes potes de galère, on a travaillé dans le BTP pendant des années. J’ai fait maçon, peintre enduiseur, plâtrier… des boulots durs. C’était génial, pourtant, et je n’ai pas oublié ça. Ce n’est pas pour ça que j’ai de la compassion pour les pauvres, mais l’épuisement physique, je sais ce que c’est. »

 

Lorsqu’il se relance dans le dessin, en 1989, le vent de liberté post-68 a tourné. « Zemmour explique très bien pourquoi Hara-Kiri et Charlie Hebdo ont pu se développer à une certaine période. Les institutions des années d’après-guerre, famille, armée, Église, ont périclité et ont été ensuite remplacées par de nouveaux moralistes : des associations féministes, d’immigrés, d’antiracisme... Ils sont venus dire « ça, y a droit ; ça, y a pas droit ». La période de vacance entre les deux phénomènes a créé des mouvements essentiels : le féminisme, les droits gay, l’écologie, le mouvement immigré. Tous sont nés de 68 et Charlie a accompagné 68. » Nostalgique, Faujour ? Causette vous propose de poser directement la question à ce ronchon provocateur, en organisant des visites groupées de son exposition le dimanche. Et il se promet de « justifier tous [s]es dessins pour les lectrices ». Va y avoir du sport !

 

 

Pour participer aux visites, envoyez un mail à anna@causette.fr

 

Publié le 13 Octobre 2014
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Dessins : Faujour
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