Litterature Publié le 10 Octobre 2014 par Sarah Gandillot

Not That Kind of Girl, le livre raté de Lena Dunham 10/10/14

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À tout juste 28 ans, la réalisatrice de la série “Girls”, sort ses mémoires. “Not That Kind of Girl”. L’un des livres les plus attendus de la rentrée. À raison ? Pas vraiment, malheureusement.

C’est le « coup » médiatico-littéraire de la rentrée. « Un événement mondial », dit la quatrième de couv… Not That Kind of Girl, le livre de Lena Dunham, la créatrice superbranchée de la série Girls, est sorti hier en France. Un « coup » dans le sens où le buzz autour de ce manuscrit est savamment entretenu depuis octobre 2012, date à laquelle l’éditeur américain Random House le lui a commandé pour la modique somme de… 3,5 millions de dollars. Alors forcément, à ce prix-là, les attentes étaient fortes. Aux États-Unis, où son livre est sorti il y a une dizaine de jours, Lena Dunham fait carrément une tournée de rock star dans les librairies. Avec force signatures et dédicaces aux fans.

 

On aime bien Girls. Et on aime bien Lena Dunham, qui a le mérite d’avoir popularisé le féminisme et d’avoir décomplexé nombre de jeunes femmes aux corps imparfaits. On avait donc hâte de lire son roman. Problème. Cette fois, la jeune femme rate son coup en beauté.

 

A la recherche de l'“anti-guide”

D’abord parce qu’il est bien ambitieux de vouloir écrire ses mémoires à 28 ans. Même si on en a sous le capot, même si on est « la voix de sa génération », même si on est maligne comme l’est Lena Dunham. N’empêche qu’à 28 ans, on n’a pas vécu douze vies. Donc, de ce point de vue, l’ouvrage est un peu pauvre. Au bout de la quatorzième description dans le détail de ses amours foireuses avec des psychopathes, de la maternelle à la fac, on décroche légèrement.

 

Deuxième déception. Les attentes engendrées par le sous-titre du livre : « Antiguide à l’usage des filles d’aujourd’hui ». Bof ! Nulle trace de quelque guide que ce soit. Encore moins d’anti-guide. Dunham, qui ne cache pas son narcissisme maladif, qu’elle est la première à tourner en dérision – c’est sa névrose et son charme –, ne fait qu’égrainer ses souvenirs. « Je », « je » et encore « je ». On a aimé ça au départ, mais au bout d’un moment le système tourne à vide. Ses règles, ses problèmes de foufoune, ses obsessions alimentaires, le détail dans le menu de ses régimes… On s’en fout un peu. D’autant que le propos n’est pas compensé par la drôlerie, qui faisait le charme de la série.

 

Le problème c’est qu’en définitive, Lena Dunham fait ce qu’elle prétend dénoncer, une sorte de « chick lit » (littérature de poulette), très anecdotique et assez ras des pâquerettes. Pas de vue d’ensemble, de pensée, d’analyse sur les femmes, le féminisme ou la jeunesse. C’est regrettable, car l’écrivain sait le faire, elle l’a prouvé dans les interviews qu’elle a, souvent, donnés à la presse. En somme, Lena Dunham, cette fois-ci en tout cas, n’a pas su être, comme elle le fait dire sans cesse à son double de fiction, Hannah, dans Girls, « la voix de sa génération ». Dommage.

 

 

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Not That Kind of Girl, de Lena Dunham.

Traduit par Catherine Gibert, Éd. Beldond, 320 pages, 20 euros.

Publié le 10 Octobre 2014
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Autumn de Wilde
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