Politique Publié le 09 Octobre 2014 par Audrey Lebel et Pauline Marceillac

2015 : l’école pour toutes ! 09/10/14

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65 millions de filles dans le monde n’ont toujours pas accès à l’éducation en 2014. La conférence préalable à la 3e Journée internationale des filles, qui s’est tenue hier au Quai d’Orsay, à Paris, était l’occasion d’en rappeler les raisons et de présenter les enjeux à venir pour y remédier.

Une fille sur cinq dans le monde est déscolarisée en 2014. Elles sont donc environ 65 millions à ne pas avoir accès à l’éducation. En prévision de la 3e Journée internationale des filles, le 11 octobre, responsables politiques et représentants de la société civile engagés sur la problématique se sont réunis au ministère des Affaires étrangères pour faire la lumière sur les raisons de ces non-scolarisation et déscolarisation massives. Parmi elles, les mariages précoces, le travail des jeunes filles au sein du foyer domestique, le fait que, d’un point de vue culturel, il soit plus naturel qu’un garçon fasse des études. La Pakistanaise Malala Yousafzai est devenue le symbole de ce combat, elle qui a échappé à une tentative d’assassinat orchestré en octobre 2012 par les talibans pour avoir prôné l’accès de toutes les filles à l’éducation.

 

Préjugés persistants

« L’un de nos pires ennemis est la persistance de certains préjugés. Les différences culturelles ne peuvent jamais servir d’excuses », a affirmé Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco. Car une autre raison, moins connue et tout aussi importante, explique aussi le chiffre de cette déscolarisation : les violences de genre en milieu scolaire (VGMS). Elles touchent environ 246 millions de filles et de garçons. Des enfants victimes de harcèlement et d’agressions sur le chemin et dans l’enceinte de l’école. 60 millions de filles seraient notamment sexuellement abusées à l’école ou sur le trajet y conduisant. Face à ce constat, Irina Bokova a rappelé le droit fondamental à l’éducation pour les filles. Un droit plus que jamais nécessaire dans un contexte particulièrement difficile au Soudan du Sud, en Irak ou au Nigéria, d’où, rappelons-le, nous n’avons toujours aucune nouvelle des 273 jeunes filles enlevées par Boko Haram le 14 avril dernier. Irina Bokova a ainsi annoncé « que l’Unesco soumettrait au vote en avril 2015 une résolution pour qu’à l’avenir les filles puissent apprendre sans peur ».

 

Pour mettre en place ces objectifs, des associations s’organisent sur le terrain. C’est notamment le cas de Plan international Togo, qui soutient le club d’enfants « Violences contre les enfants ». Firmine Adjate en est la présidente.

 

Du haut de ses 16 ans, Firmine semble déjà sacrément mature. Son militantisme, elle l’a commencé à 10 ans. À peine impressionnée par les ors du Quai d’Orsay, où nous l’avons rencontrée, la jeune Togolaise nous parle avec conviction de son parcours et avec passion de son action au quotidien. À ses côtés, Alain Caudrelier-Bénac, directeur de Plan international France, est fier lorsqu’il parle de Firmine : « Toutes ces jeunes filles que l’on croise sont des petites Malala en puissance ! Ce sont des destins extraordinaires comme ceux-là qui nous motivent. L’éducation des filles est un sujet majeur pour les pays en développement. Il y a l’aspect moral, mais aussi économique : les femmes éduquées transmettent mieux, soignent mieux, éduquent mieux. Cela peut mettre fin à des pratiques que l’on peut juger d’un autre temps. Nos clubs pour enfants sont un cercle vertueux de la prise en charge des enfants par eux-mêmes. Firmine en est le meilleur exemple. » Rencontre avec une jolie ambassadrice, à peine sortie de l’enfance.

 

 

Causette : Que fais-tu au Togo ?

Firmine Adjate : En tant que présidente d’un des clubs VAC [Violence Against Children, ndlr] au Togo, créé en août 2009 par l’ONG Plan International, je lutte contre la violence faite aux enfants à travers plusieurs actions : les émissions radiophoniques, les affiches sur des termes relatifs aux droits des enfants et aux violences faites aux enfants, des caravanes [chants et manifestations dans la rue, ndlr], etc.

 

Comment es-tu arrivée là ?

F. A. : Je me suis engagée dans la lutte contre la violence faite aux enfants, car ils sont confrontés à de nombreuses violences : physiques, psychologiques, sexuelles. J’ai vu des enfants souffrir des conséquences de ces violences et des filles se marier précocement. Mais, à l’époque, je n’avais pas conscience de cela, jusqu’au jour ou j’ai participé, à l’âge de 10 ans, à une émission radiophonique, La Radio des enfants. J’ai fini par comprendre que les enfants ont des droits qui doivent être protégés.

 

Tu allais à l’école ?

F. A. : Oui, j’étais en CM2 à cette époque. J’ai commencé à assister à des clubs pour enfants. Ça m’a permis d’être active, de produire des émissions radiophoniques et de prendre la parole en public, avant de rejoindre VAC.

 

À 10 ans, quand tu as commencé à « militer », comment ton entourage a-t-il réagi ?

F. A. : J’ai trois frères et six sœurs, avec deux mamans chez nous [le père est polygame, ndlr]. Aujourd’hui, tout le monde est ouvert chez moi. Je parle librement. Mes parents n’ont pas eu cette chance. Quand je les vois, le week-end, je leur raconte ce que je fais dans mes clubs, car il n’y en a pas dans mon village (j’essaie d’ailleurs de réunir une délégation pour en monter un). Mais, en ce moment, la seule chose qu’ils me disent, c’est de me concentrer sur mon bac de première plutôt que sur mes actions « militantes »...

 

Beaucoup de filles aujourd’hui poursuivent leur scolarité comme toi ?

F. A. : Oui, les choses avancent. Dans les institutions, les services, les filles sont mieux considérées, mieux accueillies. Chez nous, quand nous faisons des manifestations, beaucoup de gens se réunissent.

 

La parole se libère ?

F. A. : Oh ! oui. Dans les saynètes, par exemple, que l’on joue devant nos proches et la communauté, nous pouvons expliquer les choses. Chez moi, les tâches sont maintenant partagées. Mon frère fait le ménage, la cuisine, et il le fait parce qu’il le veut, parce qu’il a compris qu’on est égaux.

 

Tu crois que tu es devenue un exemple ?

F. A. : Les tout-petits, on leur laisse le temps de s’exprimer eux-mêmes et on sent au fur et à mesure ce qu’ils ont envie de devenir. Certains veulent devenir de grands personnages.

 

Et les parents ?

F. A. : Il existe aussi des clubs de parents (hommes et femmes). On a vu, l’autre jour, un père se lever et dire devant une grande assemblée qu’il avait appris que les tâches devaient être partagées, qu’il devait faire le ménage, la vaisselle, ne plus taper ses enfants. Il a dit : « J’ai changé. »

 

Quel message aimerais-tu adresser à tes concitoyen(ne)s ?

F. A. : Je voudrais tout d’abord dire au gouvernement qu’il doit voter des lois pour protéger ses enfants, mais aussi appliquer celles qui existent déjà ! Ils doivent intégrer dans les écoles la formation des enseignants pour contrer les différences de traitement selon le genre. Il faut mettre en place des comités. À mes amies filles, je voudrais leur dire d’avoir l’esprit de dénonciation, elles doivent se défendre. Les parents, eux, doivent entendre leurs enfants, les comprendre, les croire.

 

Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?

F. A. : Comme vous, journaliste.

Publié le 09 Octobre 2014
Auteur : Audrey Lebel et Pauline Marceillac | Photo : P.M.
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