Politique Publié le 03 Octobre 2014 par Manon Giraudo

Crèche Baby-Loup : après la bataille sur la laïcité, la bataille financière 03/10/2014

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Le devenir de la crèche associative Baby-Loup est en suspens après que la mairie UMP de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) a décidé de diviser par quatre ses subventions.

[Mise à jour : Le 29 octobre, une table ronde de concertation entre la Ville de Conflans-Sainte-Honorine, la préfecture des Yvelines, le Conseil général des Yvelines et la crèche Baby-loup a abouti à une promesse de financements supplémentaires de la part de la Ville : 225 000 euros qui devraient permettre d’assurer son activité pour 2015 et 2016, « à condition que l’exercice 2014 soit bouclé », explique la crèche. Le lendemain, le 30 octobre, le Grand Orient de France a indiqué à l’AFP vouloir faire don de 50 000 euros à la crèche. Une manière pour les Francs-maçons d’aider à la survie d’un symbole laïc.]

 

« C’est étrange de se dire qu’après avoir été un symbole national [de la laïcité, ndlr], la crèche Baby-Loup risque l’asphyxie économique », se désole Julien Taffoureau, chargé de développement chez Baby-Loup. La crèche, ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 (voir Causette #35 de mai 2013), qui avait fait l’actualité pendant des mois pour avoir licencié une salariée voilée, se trouve désormais confrontée à de lourds soucis financiers : les subventions de sa nouvelle ville d’accueil, Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), ont été divisées par quatre.

 

Lundi 29 octobre, le conseil municipal a approuvé la convention qui lie désormais la ville à l’association Baby-Loup. Problème : « Les subventions ont été plafonnées à 90 400 euros pour 2014 (125 000 en 2015) au lieu des 400 000 euros prévus par la majorité PRG renversée en mars dernier », précise Julien Taffoureau. Concrètement, cela donne 2,34 euros par heure de jour et par enfant ou 3,03 euros par heure de nuit, contre les 4 euros qu’espéraient personnel et parents. Des restrictions budgétaires qui menacent l’existence même de la crèche, cherchant désormais « des solutions pour survivre ».

 

Appel aux municipalités

Sans se résoudre encore à chercher un soutien dans le privé, Baby-Loup envisage de protester en refusant d’accueillir les enfants de Conflans. Julien Taffoureau espère ne pas avoir à en arriver là et attend de nouveaux échanges avec la mairie. En effet, le comité de parents-usagers chercherait à entrer en contact avec les deux municipalités qui constituent, avec Conflans, une intercommunalité, Achères et Poissy. Car celles-ci, comme quatre autres communes (Cergy, Triel-sur-Seine, Verneuil-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes *), mettent la main à la pâte à hauteur de 3,78 euros par heure et par enfant. « On les a fait venir et maintenant on les tue », dénonce Richard Malka, l’avocat de Baby-Loup.

 

Le nouveau maire UMP, Laurent Brosse, 28 ans, a été soutenu durant sa campagne par Valérie Pécresse. Laquelle, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche du gouvernement Fillon, en 2011, déclarait : « Je crois que la laïcité, le respect des croyances de chacun, ça se vit par l’éducation. Eh bien, je pense qu’il nous manque peut-être en France aujourd’hui une formation à la laïcité, un diplôme sur la laïcité et les principes républicains. » En délivrerait-elle un à son jeune protégé aujourd’hui ? Rappelons, autant qu’il le faudra, que la crèche associative Baby-Loup, propose aux parents – souvent pauvres – qui travaillent de nuit ou le week-end, des solutions pour garder leurs enfants. De plus, la crèche est devenue, malgré elle, le symbole d’un établissement dans laquelle la religion n’a pas sa place.

 

Causette attend de pouvoir parler avec la mairie de Conflans-Sainte-Honorine et avec Valérie Pécresse sur le sujet, et vous tiendra au courant de leurs réponses.

 

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* Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) est la ville historique de Baby-Loup. À la suite de la polémique sur le licenciement d’une salariée qui s’était mise à porter le voile, les pressions exercées avaient poussé la crèche à se délocaliser. À l’époque, le maire PRG de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, avait alors proposé à la crèche de s’installer sur ses terres, et prévu des subventions plafonnées à 400 000 euros par an. En mars dernier, Baby-Loup arrive à Conflans et, dans le même temps, Philippe Esnol est renversé aux municipales de mars 2014.

 

Publié le 03 Octobre 2014
Auteur : Manon Giraudo | Photo : Christophe Meireis pour Causette
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