La copine de Causette Publié le 29 Septembre 2014 par Sarah Gandillot

La forte en thèmes Céline Sciamma

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Intello surdouée, Céline Sciamma a enchaîné classes prépas, fac de lettres et la prestigieuse Fémis avant de passer derrière la caméra. À 36 ans et avec un troisième long-métrage à l’affiche, Bande de filles (enthousiasmant), la réalisatrice confirme sa place de choix dans le cinéma français en continuant de tirer le fil de ses obsessions : l’individu, l’identité, la jeunesse, le féminin, la banlieue. Et, par-dessus tout, l’amitié, qu’elle cultive avec soin dans la vie.

Elle est chic. Un ensemble veste-pantalon bleu marine bien coupé, une chemise blanche et des bottines en daim. Lunettes en écaille, qu’elle enlève et remet sur son nez au gré de la conversation. Elle fume des cigarettes. Beaucoup. Dans un geste à la fois viril et élégant. Il y a dans ses yeux d’un bleu piscine quelque chose de trouble. Un léger strabisme qui lui donne du mystère. Elle parle vite et bien. Si Céline Sciamma a, aujourd’hui, tout de la Parisienne branchée, c’est pourtant, inlassablement, la banlieue qu’elle filme. Sans doute parce qu’elle y a grandi. « J’aime l’espace déambulatoire que ça représente. Ces architectures des années 50 avec, parfois, des utopies derrière. Comment peut se créer un monde d’enclaves alors qu’on voulait créer de la circulation. Ce sont des endroits fascinants à filmer, avec ces couleurs, ces matières, ces fresques. Il y a des lignes de fuite, de l’horizon. Ça me plaît comme espace de mise en scène, et comme espace symbolique. La banlieue, c’est la périphérie. Et donc la marge. On est à la frontière de tous les désirs, de toutes les activités, avec Paris comme ligne d’horizon », explique-t-elle.

 

Son premier long-métrage, Naissance des pieuvres, a été tourné précisément à l’endroit où elle a grandi. À Cergy, cette « ville littéralement sortie de terre ». Elle y a vécu jusqu’à ses 18 ans, entre un père ingénieur en informatique et une mère au foyer. Des parents aimants et valorisants. Elle est l’aînée d’une fratrie soudée, composée d’une soeur et d’un frère. « J’ai adoré cette enfance-là. On passait notre vie dehors à jouer. La forêt, qui n’était pas loin, est un espace de liberté incroyable. Être livré à soi-même permet d’aller la conquérir. » C’est précisément ce qu’elle montre dans Tomboy, son deuxième long-métrage, portrait d’une petite fille qui se fait passer pour un garçon. À l’adolescence, l’adhésion à la banlieue est plus ambivalente : « Je rêvais d’un ailleurs tout en ayant à coeur de revendiquer mon quartier. »

 

... La suite dans Causette #49.

Publié le 29 Septembre 2014
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Dorothée Smith pour Causette
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