Société Publié le 29 Septembre 2014 par Anna Cuxac

Sunday Assembly : joie d’en être 29/09/14

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Bien sûr, il y avait à cette première Sunday Assembly française, dimanche 28 septembre à Paris, une proportion de journalistes assez hallucinante dans l’assistance, alertés, comme Causette, par Rue89. Bien sûr, la « congrégation non religieuse qui célèbre la vie » avait importé des États-Unis le folklore kitsch d’une culture populaire bas de gamme façon kermesse, en demandant au public de se prêter à une session de karaoké sur Alexandrie, Alexandra, de Claude François ; Hakuna Matata, des studios Disney ; et Les Champs-Élysées, de Joe Dassin.

 

Simple comme un high five

 

Bien sûr, la réussite de ce premier coup d’essai parisien doit beaucoup au charisme du fondateur britannique des Sunday Assemblies, le comédien Sanderson Jones, qui a assuré avec brio par sa présence et son rôle d’ambianceur, micro à la main, le show de cette messe athée. Mais l’événement, qui s’est tenu à 11 heures dans l’immeuble BeeoTop*, au bord du périphérique, avait quelque chose d’instructif en ces temps où la société du désenchantement se heurte à la bigoterie des monothéismes : des athées urbains, trentenaires et, osons-le, franchement bobos, cherchent une troisième voie. Contrer l’individualisme devient aussi simple que de réaliser un high five avec son voisin de droite.

 

Just like a mormon

 

« Ceux qui me critiquent sont des fondamentalistes athées. Apparemment, je n’ai pas la bonne façon de ne pas croire en Dieu », lance Jones, sous un tonnerre d’applaudissements. Peut-être est-ce l’habitude des séries américaines, toujours est-il que l’assistance a vite pris le pli de la gestuelle très démonstrative des liturgies protestantes du Midwest. Avec sa silhouette élancée, ses cheveux blonds aux épaules, sa barbe fournie et ses lunettes de hipster tranquille, Sanderson Jones reconnaît qu’il a un look de mormon « du Nevada, qui a beaucoup de femmes et d’armes ». Mais rassurons-nous : Jones n’a de gourou que l’apparence et les Sunday Assemblies sont « libres d’accès, sans but lucratif et fonctionnent grâce à des volontaires. […] Elles n’acceptent pas de partenariat ou de sponsoring avec une organisation tierce », explique le site Internet dédié.

 

Après le credo, l’homélie

 

À Paris, la dizaine d’organisateurs de cette première envisage de créer une association de façon à supporter les coûts de location de la salle et de la collation, engagés ici à leurs frais. Le pari : attirer un maximum de bénévoles et compter sur le bouche-à-oreille, très efficace. Au bout d’un quart d’heure, il a fallu enlever les chaises et faire se lever tout le monde, car « beaucoup de gens » étaient restés dehors. On se retrouve à cent trente. La joie, c’est le thème choisi pour cette séance. Après la lecture d’un poème, le philosophe Charles Pépin est appelé à l’estrade : c’est l’heure de l’homélie.

 

Épicure convoqué

 

« Les stoïciens de l’antiquité grecque, tout comme les penseurs chrétiens, disent que lorsqu’on n’a plus rien il nous reste encore la force de la joie », attaque-t-il. Son discours est clair, le public concentré. « La différence entre la vision chrétienne de la joie et la vision athée, c’est que chez les uns, elle est promise, car nous sommes voulus et attendus par Dieu. Mais si Dieu n’existe pas, elle est plus forte, car infondée, jaillissante. Elle ne s’explique pas. » Un détour par Épicure pour conclure : « L’existence du monde est contingente, et c’est un miracle et un émerveillement que je sois. […] La joie est la capacité à dire oui à l’existence du mystère. »

 

Ite misa est

 

Sans transition, on enchaîne sur un jeu dérivé de pierre-feuille-ciseau où l’on change de partenaire pour se découvrir, puis on observe une minute de silence les yeux fermés pour se « concentrer sur notre joie ». Enfin, l’on rechante et l’on danse. Sur les visages s’étalent les sourires. Dimitri, 20 ans et étudiant en sciences économiques, a assisté à sa première Sunday Assembly en Angleterre il y a quelques mois. Il n’a « pas reçu d’éducation religieuse, mais aime l’idée d’essayer d’être heureux ensemble ». En guise d’hostie et de vin, on partage à la fin de la messe croissants, bonbons, jus et café. Sans surprise, ce dernier ne détonne pas dans cette ambiance tout américaine. Un vrai jus de chaussette, clair comme de l’eau bénite.

 

* Espace de coworking dans le XVIIe arrondissement de Paris, réservé aux acteurs de l’économie sociale et solidaire.

 


Pour obtenir le calendrier des prochaines messes parisiennes des Sunday Assemblies, rendez-vous sur Facebook. D’ici là, mes chers frères et sœurs, allez en paix !

Publié le 29 Septembre 2014
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Sunday Assembly
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