Société Publié le 24 Septembre 2014 par Manon Giraudo

Obsessionnelle homélie : au procès de Xavier Dor, croisé anti-IVG 23/09/14

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JUSTICE

Lundi 22 septembre, l’avocat général de la cour d’appel de Paris a requis la confirmation de la condamnation de l’activiste anti-IVG Xavier Dor. 10 000 euros d’amende pour « délit d’entrave à l’IVG », commis en 2012 dans un centre de planning familial à Paris. Verdict le 27 octobre.

 

« C’est une violence, mais elle est douce. Il y a sans doute une violence morale à ce que je fais, mais je le fais pour la mère et son bébé », justifie Xavier Dor devant la cour. Le procès en appel de l’activiste anti-IVG de 85 ans poursuivi pour « délit d’entrave à l’IVG » s’est tenu ce lundi dans une petite salle, où il a fallu ajouter des chaises. D’un côté, les militants du planning familial et du droit à l’IVG – les parties civiles –, de l’autre, les soutiens « amicaux » de Dor. Le public a suivi les débats sur des faits commis en 2011 et 2012, à Paris, par le fondateur et président de l’association ultra catholique SOS tout-petits.

 

Chaussons
 

Le 2 avril 2011, Xavier Dor et sa troupe de catholiques intégristes sont plantés devant l’entrée de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, prient et récitent leur rosaire. La manifestation est « déclarée à la préfecture et pas interdite donc autorisée », dit la défense. Les 25 et 26 juin 2012, Xavier Dor fait irruption dans les locaux d’un planning familial parisien pour y répandre sa propagande. La première fois, il est mis à l’écart dans une pièce par les employés, et la police doit intervenir pour le faire partir. Le lendemain, même procédé, sauf que lorsque l’activiste repart il croise dans les escaliers une femme d’une quarantaine d’années venue se renseigner pour une IVG. Il lui tend alors une médaille de la Vierge et des chaussons de nourrisson, « image de la tendresse que pourrait avoir sa mère envers lui ».

 

La femme, une catholique mère de trois enfants que nous appellerons Mme Dupont, prend les objets et arrive en pleurs dans les locaux du centre. Elle s’est portée partie civile. La « pression morale et psychologique », qui caractérise le délit d’entrave à l’IVG, se voit lorsque son avocat, Me Chabert, lui demande quelles avaient été ses « émotions » lors de sa rencontre avec Dor. Mme Dupont baisse la tête et aucun mot ne sort de sa bouche. L’audience est suspendue à un silence que l’avocat interrompt en lui demandant de se rasseoir.

 

Corbeau

 

C’est qu’entre-temps Xavier Dor a trouvé moyen de remuer le couteau dans la plaie de sa victime. Après sa condamnation à 10 000 euros d’amende en première instance, en septembre 2013, il envoie une lettre de trois pages à Mme Dupont, intitulée « Hommage à toutes les petites brebis perdues ». Pendant que les photocopies de la lettre sont distribuées aux juges, on se demande franchement quel genre de personnage est Xavier Dor, vieil homme affaibli qui pique du nez sur son banc d’accusé.

 

Né en 1929 à Marseille, Xavier Dor a mené une carrière de médecin cardiologue, entre l’Afrique et la France. Militant de toujours contre le droit à l’avortement, il conduit des « commandos anti-IVG » dès la fin des années 80 : ils s’introduisent dans les salles où sont pratiquées les IVG et interrompent les opérations en cours. Retraité en 1993, Dor a depuis tout le loisir de se consacrer à sa croisade anti-IVG – et anti-contraception, par ailleurs. De sorte que, lorsque la présidente de la cour procède à la lecture de son casier judiciaire, on n’en finit plus. Il affiche 11 condamnations depuis 1994, tournant toutes autour de la question obsessionnelle de l’IVG.

 

Une loi rien que pour lui

 

« Vous ne pourriez pas vaquer à des occupations de retraité plus pacifiques ? » s’enquiert l’avocat général. Et de rappeler que le bonhomme, en tant que leader des activistes violents contre l’IVG, est à l’origine de la création en 1993 du délit d’entrave à l’IVG. L’article 2223-2 du Code de la santé publique, qui punit de « deux ans d'emprisonnement et de 30000 euros d'amende le fait d'empêcher ou de tenter d'empêcher de pratiquer ou de s'informer sur une interruption de grossesse », c’est à Dor et à ses commandos qu’on le doit.

 

« Vous avez en face de vous un vieux monsieur certes, mais un vieux monsieur indigne », alarme Carol Lapeyre, conseil de l’Ancic (Association nationale des centres d’interruption volontaire de grossesse et de contraception), lors de la plaidoirie. Presque aveugle, mais vif d’esprit, Xavier Dor s’exprime d’une voix douce de papy gâteau. Lui donner la parole, c’est s’exposer au bout de dix secondes à la même rengaine sans cesse répétée : « 600 enfants par jour sont tués à cause de l’avortement », etc. On peut se demander comment vit cet homme dans une société qu’il n’a jamais comprise et qu’il rejette en bloc. Se réveille-t-il tous les matins avec l’impression d’habiter un pays en tout point hostile à ses paradigmes ?

 

La seule chose que l’on sache, c’est que l’accusé semble vivre avec sérénité ce qui est devenu pour lui la routine du prétoire. Son avocat, Me Rosny Minvielle de Guilhem de Latallaide, a pris son temps. Par deux fois, il a tenté de remettre en question la viabilité de l’audience pour vices de forme, qui seront évacués sans ambages par la cour. Quand il en viendra au fond, ce sera pour expliquer que les femmes qui ont recours à l’IVG se rendent coupables de génocide. Las ! Dès que l’avocat général a annoncé requérir la confirmation de la condamnation de la première instance, 10 000 euros d’amende, Xavier Dor embraie : « Nous serons le 4 octobre à la statue Charlemagne sur le parvis de Notre-Dame à Paris pour une nouvelle action anti-IVG. »

 

Pour l’avocat général, c’est exactement pour cela qu’il faut condamner Xavier Dor (pour les faits commis en 2012 seulement : en 2011, l’entrave n’est pas caractérisée) : « M. Dor n’entend pas du tout les décisions de justice. Après chaque condamnation, il organise la manifestation suivante. […] Si nous entrons dans une logique de relaxe, c’est la porte ouverte à d’autres manifestations en permanence. » Verdict le 27 octobre.

 

Publié le 24 Septembre 2014
Auteur : Manon Giraudo | Photo : Palais de justice de Paris / Wikipédia commons
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