Images Publié le 23 Septembre 2014 par Anna Cuxac

Et soudain, un vélo : le street-art Ride In Peace 22/09/14

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Avec ses morceaux de vélo suspendus en hauteur des murs parisiens, Mr Ride in Peace introduit de la sculpture dans le monde du street art.

 

Ce sont des carcasses de roue de vélo, tordues, mal en point, encastrées dans la hauteur d’un mur parisien. La première fois qu’on en rencontre, la mention apposée au pochoir à côté, « Ride in peace » (« Roulez en paix ») provoque un léger sentiment de malaise, et on se demande : un cycliste a-t-il été fauché à cet endroit ? On pense aux silhouettes noires plantées le long des nationales pour rappeler les accidents mortels. Mr Ride in Peace, le gars qui installe ces vélos sur les murs de Paname et n’aime pas tellement le qualificatif pompeux de « street artiste », « rend hommage aux cyclistes et “rideurs” de la rue ».

 

Voilà la police

 

Cela fait un peu plus d’un an que Mr Ride in Peace parsème Paris de ses deux-roues, en suivant une logique « par arrondissements ». Il y a peu, il s’est attaqué au XVIIe arr. histoire d’écumer le nord de la capitale. Armé d’une échelle, de vis anti-dévissage et des bras de ses potes, la nuit ou en plein jour, Mr Ride in Peace perce les façades et y accroche des restes de vélos, généralement la roue avant avec son guidon. Il a préalablement soudé ces vestiges à des barres de fer dans son atelier du nord de Paris. Quarante-quatre de ces sculptures sont actuellement disséminées dans la ville, souvent placées à côté d’autres œuvres de street art, comme s’il s’agissait de faire corps. Seulement « cinq ou six » ont été arrachées.

 

« Je commence à recevoir des vélos cassés de la part de personnes qui me demandent de les mettre dans leur rue. Par contre, quelques heures après mon accrochage sur la façade du magasin Colette [“concept store” chic et branchouille, ndlr], il n’y en avait plus une seule trace. Ils avaient trouvé le temps de décrocher, reboucher les trous, passer un coup de peinture. Pour des gens qui sont censés aimer le street art, je trouve ça assez marrant », s’amuse Mr Ride in Peace. Une fois encore, des policiers l’abordent alors qu’il est en pleine installation à la station de métro Barbès. Ils lui disent d’arrêter, mais il leur répond que, s’il le fait maintenant, en laissant une barre à moitié branlante, il y a des risques pour les passants. Ils le laissent donc finir, l’embarquent, prennent sa déposition, le relâchent, satisfaits des réponses données par Mr Ride in Peace.

 

Les vélos migrateurs

 

L’artiste interpelle ainsi sur les difficultés à être cycliste dans Paris, parce que « l’urbaniste qui place les pistes cyclables parisiennes ne doit pas faire souvent du vélo ». De quoi vexer la municipalité, qui affiche dans son « plan vélo » l’ambition de voir, d’ici à 2020, 15 % des déplacements effectués en pédalant. Pour le titre de capitale du vélo, on repassera. Mr Ride in Peace aimerait d’ailleurs faire voyager ses bicyclettes à Amsterdam, mais aussi à Los Angeles, étape essentielle d’une carrière d’artiste de rue. Quand on dit « carrière », il s’agit surtout de prestige : Mr Ride in Peace gagne sa vie comme coursier à vélo.

 

Mr Ride in peace et d'autres artistes exposent le 16 octobre prochain ! C'est au Coltrane bar, 38 Rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris. Allez y faire un tour !

Publié le 23 Septembre 2014
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Ride in peace
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