Corps et Ame Publié le 26 Août 2014 par Clarence Edgard-Rosa, Anna Cuxac, Eric la Blanche, Valérie Péronnet

Elle a bon dos, la crise d'ado !

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Je ne comprends plus mes parents. Je ne les supporte plus. C’est quoi ces « ouaich bien ! » et ces tentatives de high five ratées ? Ça, c’est mon père. Ridicule. Il kiffe ma musique et me demande de télécharger des titres. Veut pas qu’on fume un pét ensemble non plus ? Ma mère, dégoulinante d’amour, m’appelle « mon lapinou ». Débile ! Ils n’ont pas vu que je suis plus grande qu’eux, que mes hormones s’emballent et que j’ai réussi à mettre des tampons ? J’ai quitté les rives de l’enfance. La traversée est certes longue, sinueuse, dangereuse, mais elle n’est pas la maladie que ces bouffons de médias ou de psys en font : une plongée en souffrance obligatoire, désespérée, qu’ils nomment crise d’ado (et qui doit rapporter pas mal) ! Oui, cette mue est parfois angoissante et surtout intense. Je ne souffre pas trop (en vrai, je m’éclate assez souvent entre deux crises de larmes). Je ne suis pas malade. Papa, maman, arrêtez d’en faire des caisses, regardez-moi : je grandis. Je serai une adulte. Causette

C’est du mytho !

 

Est-ce qu’on doit impérativement se la payer, cette crise de croissance baptisée crise d’ado ? L’ado est-il vraiment forcé de se transformer en dadais incontrôlable dès l’apparition du premier poil de fesse ? Parmi les nombreux spécialistes, psycho-socio-ethno-historiens, qui pensent en rond autour du fameux passage, certains se posent et s’opposent : pour eux, tout ça, c’est du pipeau.

 

Ce vocable-là, « crise d’ado », il y en a un à qui ça colle des boutons (et pas d’acné), c’est Michel Fize, sociologue et chercheur au CNRS, l’un des spécialistes de la question. Depuis plus d’une quinzaine d’années, il dénonce l’enfumage : pour lui, la crise d’ado n’est qu’une vaste supercherie. « Qu’à l’adolescence il y ait un afflux d’hormones, c’est vrai, bien sûr. Ce qui est faux est ce qu’on en fait. »

Notre société, qui s’appuie sur la littérature scientifique, renvoie l’image d’individus noyés dans un bain d’hormones, incapables d’agir, de se projeter, de réfléchir seuls. Une vision totalement erronée, d’après Michel Fize, et contestée depuis bien longtemps. « Déjà, en 1930, le psychologue Alfred Adler dénonçait cette “prétendue crise de la puberté”. Pourtant, les psys continuent de nous parler de “perte de repères” et d’“événement brutal”. D’abord, on ne change pas du jour au lendemain. C’est un processus qui n’est ni soudain ni brutal. Et, surtout, il n’est pas désagréable. »

La suite dans Causette #48.

 

C'était mieux avant ? 

Il y a deux siècles encore, l’adolescence n’existait pas. D’enfant pubère, l’on devenait adulte en se pliant à des rituels initiatiques : service militaire devant l’État, confirmation devant l’Église et concrétisation de l’autonomie par le mariage. C’est la bourgeoisie du xixe siècle qui fera émerger l’âge intermédiaire de « l’adolescent ».

La suite dans Causette #48.

 

Déjeunisation

À côté des rats, moustiques et autres cafards, une nouvelle espèce de nuisibles s’est imposée : les ados. Pour s’en débarrasser, tous les moyens sont bons : le système Mosquito, par exemple, déjà en place dans de nombreuses cités du monde, est un hautparleur sélectif. Son sifflement à haute fréquence n’est perçu que par les oreilles des moins de 25 ans.

La suite dans Causette #48.

 

 

Vertiges de l’ado

Et si ce qui faisait vraiment flipper les ados c’était l’idée d’avoir à choisir, et qu’ils étaient bien plus obéissants qu’on ne le pense ?

 

Prenez, d’une part, des vieux cons qui pensent que les jeunes d’aujourd’hui sont complètement perdus et font n’importe quoi, voire plus rien du tout ; d’autre part, des petits cons à qui le « monde pourri » des vieux cons colle le vertige et ôte toute velléité d’y plonger, voire d’en inventer un autre. Vous avez de grandes chances de vous retrouver au coeur d’une crise d’adolescence carabinée. Une aubaine pour les professionnels de tout poil – psys 1, politiciens, chroniqueurs, philosophes –, qui décrivent comment les transformations de l’individu moderne – privé d’autorité, de repères internes et en prise avec des désirs qui ne sont plus que des envies dictées par la société de surconsommation – précipitent les zados dans un vide intersidéral dont ils auront grand mal à sortir vivants.

La suite dans Causette #48.

 

E-reconnaissance

ils sont nés avec un câble internet au nombril en plus de leur cordon ombilical. L’ordinateur et les smartphones sont les excroissances désormais naturelles d’ados qui communiquent à tout-va, en changeant de plate-forme au gré des saisons et des modes. L’enjeu : « Se différencier de la génération précédente », note le psychiatre Patrice Huerre.

La suite dans Causette #48.

 

 

Périls jeunes

En mai dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport sur la santé des adolescents. Une première. Les études ont été menées dans 109 pays, auprès de jeunes de 10 à 19 ans. Les accidents de la route, le virus du sida et le suicide apparaissent comme les trois premières causes de mortalité.

La suite dans Causette #48.

Publié le 26 Août 2014
Auteur : Clarence Edgard-Rosa, Anna Cuxac, Eric la Blanche, Valérie Péronnet | Photo : Ilana Panich-Linsman
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