Politique Publié le 24 Janvier 2010 par Étienne Cassagne

Identité Nationale Petit dialogue au coin du bon sens

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- Avant de donner son avis sur le contenu de « l'identité nationale », il n'est pas inutile de réfléchir au sens des mots... Il faudrait en définir combien ? Deux, évidemment: « identité » et « nationale ».

- Et « l' » ? N'est-ce pas un mot ?

- OK, va pour trois.

- Commençons par le déterminant, « l' ». Qu'en dire ?

- C'est un articledéfini...

- C'est-à-dire ?

- Précis, déterminé.

- Passionnant ! On nous demande donc de nous pencher sur un concept dont les contours existent déjà ?

- Sans doute ! Et en plus, l'article est singulier.

- Il s'agit donc bien de retrouver une notion présentée comme unique. - Tu crois qu'ilsont pensé à tout cela ?

- Bien sûr que non. Il n'empêche: la quête ne porte pas sur des identités, qui pourraient être a priori indéfinies, plurielles. Tout est ficelé d'avance... Mais l'« identité », maintenant, c'est quoi?

- J'ai une carte d'identité: on y précise mon nom, ma date de naissance, mon sexe, la couleur de mes yeux, mon adresse, ma nationalité...

- Donc, de l'anthroponymie, de l'histoire, de la biologie, de la géographie. Avec cela, tu as ton identité ?

- Mmmouais...

- N'es-tu pas mère de famille ? N'as-tu pas fait des études ? Ne crois-tu pas en Dieu ?

- Oui, c'est essentiel !- Et le mot, que signifie-t-il ? - ...

- Voyons le dictionnaire. D'abord, c'est la racine latine de « idem », le même. L'identité, ça dure en se répétant: pérennité, redondance, tautologiesont dans le champ sémantique du mot. Notre « l' » lesuggérait déjà.

- Mais alors, ils se moquent de nous ! La nation, c'est une entité collective, inscrite dans l'histoire, qui va mal avec un concept individuel, permanent. Ils nous invitent à arrêter ce qui est évolutif, purifier ce qui est complexe. Comme a dit l'autre (Rocard, ndlr), « la France, c'est l'ouverture permanente, c'est le changement constant ».

- Donc, l'expression «l'identité nationale», prédéfinie par le pouvoir, est incohérente.

- Oui, mais le pouvoir, nous allons bien devoir lui demander des comptes quand les Arabes seront majoritaires chez nous.

- BRAVO !

- Hein ?

- Tu viens de brillamment démontrer le glissement pervers de l'identité nationale vers l'immigration...

- Oui, bon, ça va ! Mais moi, je me sens française, ça veut bien dire quelque chose ?

- Bon sens, mais c'est bien sûr ! Cependant, tu vois que nous changeons de point de vue: nous partons maintenant de moi comme sujet. Nous allons vers un point de vue intuitif, émotif... Ça, c'est bien les femmes ! Mais point d'ironie. Quand une foule chante la Marseillaise (ou qu'elle acclame le Pape), on peut parler de communion identitaire, je l'avoue. C'est du lyrisme de masse.

- « Identité nationale », expression objectivement incohérente, mais subjectivement pertinente: je ne comprends plus rien !

- Laissons de côté le subjectif, et approfondissons l'idée de nation. Si ce mot vient du latin « natio », dont le premier sens est naissance, puis descendance, il suggère un lien par le sang, et la filiation comme composante principale. N'est-ce pas le sens retenu par le nationalisme xénophobe et raciste ? Comment dès lors s'étonner des dérapages vers la peur de l'immigration ? Tout à l'heure, nous parlions d'un sens tout autre: évolutif, ouvert, complexe. Nous sommes dans une redoutable ambiguïté !

- Alors, comment en sortir? « Identité nationale », ça ne veut rien dire. Faudrait-il changer les mots, pour clarifier?

- Peut-être...

Ou arrêtons d'en parler!!

 

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Publié le 24 Janvier 2010
Auteur : Étienne Cassagne | Photo : Stéphanie Lacombe / PICTUREtank «images issues de la série la table de l'ordinaire»
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