Spectacles Publié le 21 Août 2014 par Marie Gentric et Anna Cuxac

De l'Art sang tabou 20/08/14

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Parler des règles n’est pas dégoûtant, ça peut même être beau. L’exposition gratuite « Hic est sanguis meus » s’y essaie jusqu’au 24 août à Paris.

« Je voulais montrer la couleur et la matière du sang », raconte Paola Daniele, au milieu de tableaux et d’installations rouge vif, tous inspirés par les règles. Les règles des femmes, celles qui tombent chaque mois et « restent cantonnées à l’hygiénisme des publicités pour tampons ».

 

Danseuse contemporaine et plasticienne venue d’Italie, elle a concrétisé dans l’exposition collective Hic est sanguis meus, (ceci est mon sang), un projet qui la taraudait depuis sa puberté : parler du sang « impur » à travers l’Art. Le résultat, c’est une compilation d’œuvres de 50 artistes, peintres, dessinateurs, vidéastes, plasticiens venus de différents pays. Elles sont exposées jusqu’au dimanche 24 août, en plein cœur de Paris, au 59 rue de Rivoli, le squat artistique aux fresques tape-à-l’œil, labellisé Mairie de Paris depuis 2001.

 

L’entrée y est gratuite et les artistes accueillants : Paola vous dit tout de ces hommes « attendrissants quand il s’agit de les faire parler du mystère du cycle menstruel ». Anaïs confie comment les maux des flux lui a insufflé son montage vidéo dans lequel une femme se tord de douleur.

 

Surtout, l’expo vaut le détour pour une sacrée histoire : celle de ces Calabraises d’un autre âge qui fabriquent un filtre d’amour avec le sang de leurs règles avant de le distiller dans le café ou le vin de l’aimé. Enfant, Paola Daniele entend parler de cette pratique comme on écoute un conte fabuleux et, avec une amie, elle cherche la véritable composition de l’élixir. Lavande, laurier, ingrédients secrets : une vidéo montre les comparses mélanger le tout et reproduire la potion. Dommage, elle n’a pas été testée, mais l’entreprise demeure fascinante. « Sans provoquer », selon le souhait de Paola Daniele, Hic est sanguis meus se visite en une demi heure et surprend son public : « Les hommes surtout sont souvent mal à l'aise, ils se sentent mis à nu, parce qu'ils n'ont pas l'habitude de parler du sujet. »

 

Exposition Hic est sanguis meus, jusqu’au 24 août, entrée libre. 59 rue de Rivoli, Paris I, de 13h à 20h, fermeture le lundi.
Tous les soirs dès 22h, un plasticien poursuit l’élaboration de sa création en direct, derrière les vitrines.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le Causette #32, avec un dossier Corps & Âme consacré aux règles.

Publié le 21 Août 2014
Auteur : Marie Gentric et Anna Cuxac | Photo : Paola Daniele / Anna Cuxac
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