Société Publié le 01 Juillet 2014 par Maud Dugrand

Injustes noces 01/07/14

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Dans notre numéro de février (Causette #42), nous vous racontions le calvaire des jeunes tunisiennes Amira et Marwa et de la marocaine Samira. Victimes de violences conjugales suite à des mariages arrangés, elles se retrouvent menacées d’expulsion, parce qu’elles ont choisi de quitter leur mari. Car pour les conjointes étrangères de ressortissants français, la délivrance et le renouvellement du titre de séjour dépend de la communauté de vie. Et malgré des dossiers solides, les quatre jeunes femmes se sont vu priver de l’ordonnance de protection, dispositif prévu par la loi du 9 juillet 2010 relative aux violences faites aux femmes, qui leur aurait permis d’obtenir une carte de séjour temporaire « vie privée et familiale ». Résultat, c’est la double peine : battues par leur mari et expulsables !

 

Pourtant, en théorie, cette procédure administrative n’a plus lieu d’être depuis le 28 janvier dernier. Un amendement, inclus dans le projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, doit mieux les protéger en ne conditionnant plus le titre de séjour à la rupture de vie commune. La loi prévoit également de mieux former les commissariats et les préfectures au recueil de la parole des femmes victimes de violence. Mais sur le terrain, rien n’a changé. Les Préfectures semblent faire la sourde oreille. Encore traumatisées par les violences, Amira, Samira et Marwa vivent dans la clandestinité, sans argent, sans possibilité de travailler ni de rentrer au pays car la femme divorcée est tenue responsable de l’échec de son mariage.

 

Amira, inscrite malgré tout en fac d’anglais, est terrorisée depuis que des policiers en civil ont débarqué chez la femme qui l’héberge. Samira survit chez un couple où elle officie comme nounou de jumeaux. Marwa craque de ne pouvoir débuter une formation d’aide-soignante. Salma, une autre jeune femme installée à Aix-en-Provence, s’était retrouvée licenciée de la boutique tenue par son mari et jetée à la porte, couverte de bleus. La Préfecture n’avait rien voulu savoir. Aujourd’hui, elle se prostitue pour payer son studio et survivre dans notre cher beau pays.

Publié le 01 Juillet 2014
Auteur : Maud Dugrand
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