La cabine d'effeuillage Publié le 24 Juin 2014 par Sarah Gandillot

Fabulous troubadour Yannick Jaulin

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De tous les conteurs, il est le plus connu. Depuis trente ans, ce fils de paysans vendéens conte la ruralité sur les scènes de France. Et ponctue ses spectacles de son patois natal. Un être à part que l’on peut croiser tous les deux ans, autour du 15 août, à Pougne-Hérisson, village des Deux-Sèvres où il a créé en 1990 le festival Le Nombril du monde. Mais écoutez plutôt la légende de Yannick Jaulin.

Je vais vous raconter l’histoire du petit enfant complexé par sa langue, le « parlhange », patois vendéen qu’il parla exclusivement jusqu’à ses 6 ans, et qu’il finit, à la force de son énergie et de son talent, par exporter hors de la Vendée et bien au-delà. Ce petit enfant se nomme Yannick. Il voit le jour en 1958 à Aubigny, village vendéen situé à 6 kilomètres de La Roche-sur-Yon, dans une famille de paysans très catholiques.

 

Chez les Jaulin, tout le monde vit sous le même toit, dans la ferme des grands-parents paternels où l’on ne parle que le parlhange, bien que l’on connaisse le français. Yannick est l’aîné de cinq enfants. « Cinq enfants en cinq ans ! La preuve absolue de la très grande efficacité de la méthode Ogino », ironise ce Zébulon au regard malicieux, devant un sirop d’orgeat à la buvette du Nombril du monde, à Pougne-Hérisson, dans les Deux-Sèvres. En ajoutant dans un éclat de rire, avec l’accent du coin : « Comme disait mon père avec une grande délicatesse : “Ta mère, a’ prend à tous les coups.” »

 

Jaulin est dans la vie comme dans ses spectacles, tantôt exalté, tantôt pensif ou émotif, mêlant le plus raffiné des français et le plus rustique des patois. Toujours une expression locale pour pimenter le propos. Mais revenons à nos moutons. Aîné, Yannick naît donc après avoir été très désiré, mais comprend bien vite que cette promesse d’amour ne sera pas tenue. « Quatre enfants après moi, dont certains ont été malades, forcément, j’ai été un peu délaissé. Je pleurais la nuit en criant “Personne ne m’aime !” », se souvient-il avec tendresse. Première déception de la vie. La seconde viendra en entrant au collège, où il connaît ses premières humiliations, lui qui parle cette drôle de langue venue des entrailles de la terre.

 

De cette enfance, malgré tout plutôt heureuse, il gardera le goût de la tribu et le besoin d’être aimé. Autant de moteurs pour monter sur scène : se recréer une famille de théâtre, la troupe, tout en choisissant d’être seul en scène pour être sûr « qu’on [l]’aime [lui] et juste [lui] », avoue-t‑il, s’amusant de sa propre névrose, en passant une main dans ses cheveux ondulés désormais légèrement grisonnants. Mais revenons à nos chers ovins. « Dès l’enfance, Yannick a été un peu chef de bande. Celui qui parlait bien et emportait le morceau en faisant rire l’assemblée », se souvient son frère Laurent. Pas étonnant donc qu’il ait eu besoin d’élargir son horizon au-delà de la grange familiale.

 

L’outil de son émancipation lui est alors offert par sa mémé Hélène, le jour de ses 16 ans : une Flandria rutilante. Deux roues et une seule destination : l’ailleurs. L’ouverture viendra de sa rencontre avec le minotier d’Aubigny, un fervent défenseur de l’éducation populaire, dont Yannick est le pur produit. C’est parce qu’il est amoureux de sa fille que le jeune homme rejoint le groupe folklorique dont le minotier est responsable. Le goût des planches commence à poindre. L’objectif ? Revaloriser les cultures régionales et participer à la sauvegarde des traditions orales, surtout en Vendée. Yannick s’embarque à corps perdu dans les Ostop (opération sauvetage de la tradition orale paysanne) et part collecter les histoires des anciens. « J’ai passé ma jeunesse au cul des vieux ! De 16 à 25 ans. On faisait une sorte d’ethnologie de bas étage. On partait à trois – un script, un preneur de son et un photographe – et on allait écouter les anciens, leurs légendes, leurs histoires. Tous les jours, je tombais amoureux de vieilles de 80 ans. »

 

La suite dans Causette #47.

Publié le 24 Juin 2014
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Claude Paquet / Agence VU' pour Causette
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