Reportages Publié le 24 Juin 2014 par Nina Hubinet

Un centre pour se reconstruire Violences faites aux femmes

blog post image

Elles se disent « en ruine ». Celles qui poussent la porte de l’Institut en santé génésique (ISG), nouveau centre d’aide aux femmes victimes de violences dans les Yvelines, sont souvent en sale état. Brisées physiquement et moralement. À l’ISG, elles trouvent des psychologues, des conseillers juridiques, des médecins et des assistantes sociales réunis dans un même lieu. Une première en France, qui permet d’assurer un suivi pérenne de ces femmes pour les aider à reprendre pied.

J’ai du mal à la reconnaître ! Quand elle est arrivée ici, en janvier, j’ai vu une vieille femme au teint gris, recroquevillée sur ellemême… Regardez comme elle est belle, maintenant ! » Face à Claudine, l’une des bénévoles de l’ISG, Béatrice sourit, toute fière, elle aussi. « Ah oui, quand j’ai débarqué, j’étais une loque ! » Et elle lâche un petit rire aigu, malin. La première fois que cette jeune femme ivoirienne a passé le seuil du bâtiment discret où est installé l’Institut en santé génésique (c’est‑à-dire liée à la reproduction, même si l’ISG s’occupe des femmes bien au-delà de ce strict domaine), cela faisait huit ans qu’elle vivait avec un homme qui la battait, la maltraitait, l’humiliait.

 

Au point de mépriser sa santé : elle est diabétique, mais il ne lui donnait pas d’argent pour payer son traitement. « Quand je suis arrivée à l’ISG, je n’avais plus pris de médicaments depuis six mois, raconte Béatrice. Il m’avait dit : “Si tu meurs, je m’en fous.” J’étais toute faible, dans les vapes, je voyais flou. » Comme l’ISG est situé dans l’enceinte de l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), les bénévoles l’envoient directement aux urgences.

 

Remise d’aplomb, la jeune femme est accompagnée dans ses démarches pour trouver une place en foyer et quitter son mari tortionnaire. « Avant, j’ai voulu partir plusieurs fois, mais, comme je n’avais pas de papiers, je ne pouvais pas aller porter plainte au commissariat. Lui, il jouait beaucoup là-dessus. » Aujourd’hui, le diabète de Béatrice est stabilisé et elle s’apprête à reprendre un travail en tant qu’aide à domicile. Elle démarre une nouvelle vie, mais le cauchemar n’est pas totalement dissipé. « Il continue à me harceler, en me menaçant via des amis communs. Mais maintenant, dès que je me sens mal, je viens ici pour parler. » Pour l’équipe de l’ISG, la trajectoire de Béatrice est la preuve de l’utilité du nouveau centre, qui a ouvert ses portes en janvier dernier. Car malgré les campagnes de prévention, d’information, les multiples « plans de lutte » – le dernier en date a été lancé en 2013 par François Hollande –, les violences domestiques sont toujours là.

 

La suite dans Causette #47.

Publié le 24 Juin 2014
Auteur : Nina Hubinet | Photo : Valérie Couteron pour Causette
2623 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette