Sport Publié le 24 Juin 2014 par Pauline Baron

La grande débrouille Rugby féminin

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Derrière les affiches annonçant la Coupe du monde féminine de rugby, qui aura lieu du 1er au 17 août prochain en France, se cache une belle histoire. Celle de femmes offensives qui se sont démenées dès 1965 pour conserver le ballon et s’imposer comme des rugbywomen à part entière, malgré les obstacles humains et organisationnels. Causette a rencontré ces pionnières.

« Je pense que le rugby […] est contre-indiqué pour les jeunes filles et les femmes pour des raisons physiologiques évidentes. […] Cette pratique présente […] des dangers sur le plan physique et sur le plan moral, aussi je vous demande instamment de ne pas aider, ni à plus forte raison patronner, les équipes de rugby féminin. »

 

Ces quelques mots écrits en 1972 par Marceau Crespin, directeur de l’éducation physique et des sports de l’époque 1, révèlent à eux seuls le mépris subi par les femmes qui avaient décidé de chausser les crampons. Pourtant, à l’époque de cette missive, les premières rugbywomen françaises avaient déjà transformé l’essai. Le coup d’envoi est donné en 1965, lors d’un match au profit de l’Unicef. Des étudiantes de Toulouse et de Lyon, biberonnées au rugby par un frère ou un père passionné, s’y affrontent pour cumuler drops et dons contre la faim dans le monde. Du score, aucun souvenir. Qu’importe. Séduites par l’initiative, d’autres étudiantes créent leur club, à Tarbes, Toulouse, Bourg-en-Bresse…

 

« La passion nous avait prises aux tripes. Personne ne s’intéressant à nous, nous voulions donner aux filles les moyens de pratiquer ce sport », raconte Céline Bernard, qui entame sa carrière en 1967 à Tournus, en Saône-et-Loire. Ce sont donc des gamines à peine majeures qui parviennent à convaincre Maurice Maignaut, alors président du club de foot d’Auch, de les aider à s’organiser et à se structurer. « Au départ, l’université de Toulouse nous avait imposé comme entraîneur un prof… de gym. L’année suivante, on s’est trouvé un vrai coach et un autre terrain », se souvient Émilienne Carsalade, qui poursuivra sa carrière au Toulouse Femina Sports. Quelques équipes, mais aucun match officiel. « On rencontrait les filles de Bourg-en-Bresse lors de fêtes, de démonstrations. Folklorique… », sourit Céline Bernard.

 

Des événements qui, pourtant, « attirent les spectateurs et renflouent les caisses des clubs masculins », souligne Bernard Chubilleau. En ces temps où le rugby féminin en est à ses balbutiements, les joueuses participent aux tournois masculins, mais en tant qu’invitées. Ces matchs festifs ne comblent pas les pionnières, qui rêvent d’un championnat de France pour sortir de l’amateurisme. Face au refus catégorique de la Fédération française de rugby (FFR) de les intégrer et devant l’impossibilité de créer deux fédérations pour un seul sport, « nous avons décidé de nous réunir au sein de l’Association française de rugby féminin [AFRF] », précise Émilienne Carsalade. Le 25 octobre 1969, « j’ai retrouvé au bistrot du Coq d’Or, près de Toulouse, des joueuses, des dirigeants de club. Tout était à faire : l’organisation, les licences… Yves Vernet, le secrétaire général du club masculin de Châteaurenard, a été désigné président, car son poste à la SNCF lui permettait de se déplacer gratuitement », poursuit-elle.

 

La suite dans Causette #47.

Publié le 24 Juin 2014
Auteur : Pauline Baron | Photo : Photo extraite de La grande histoire du rugby au féminin, de Bernard Chubilleau
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