Société Publié le 05 Juin 2014 par propos recueillis par Agnès Giard

Génovefa : « Je ne vais pas me forcer à coucher avec toi… » 10/04/2014

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Parce que la femme, la maman et la putain ne sont pas toujours celles que vous croyez, et surtout parce qu’elles sont souvent une seule et même personne, Causette s’est plongée dans la vraie vie. Comment vivons-nous notre vie sexuelle ? Loin des sondages, des injonctions, des idées farfelues, la vie de la ménagère est-elle aussi normée qu’on le croit ? À voir…

‘‘Je suis décoratrice d’intérieur. J’ai 49 ans. J’ai grandi dans la ville minière de Charleroi, en Belgique. À la maison, on ne parlait pas de sexe. Mère couturière. Père dans la sidérurgie. « Dépucelage » à 15 ans et demi par celui qui sera mon premier mari et le père de mon enfant. Je n’ai jamais eu de plaisir avec lui. Cela a duré quinze ans… puis j’ai décidé de le quitter. Mon fils avait 4 ans, moi 30. Enfin libre ! Mon premier orgasme, ce fut avec un ami. Un plaisir intense… J’ignorais que c’était possible. La petite fille devenait une femme s’autorisant les plaisirs du corps. Avec mon deuxième amant, je criais, lui aussi. J’étais complètement addict. Il procédait par petits à-coups en me pénétrant. Une fois, nous avons fait l’amour sept fois d’affilée. Mais voilà, j’étais une mère divorcée. D’autres aventures ont suivi, rien qui n’a vraiment compté… Jusqu’au soir du 31 décembre 1997, lors d’une fête que j’organisais.

 

Un ami d’ami qu’au départ je ne regardais pas tellement : Patrick. Vers 23 heures, nous avons commencé à parler. Ça a duré des heures. Il ne savait pas où il dormirait ce soir-là, mais il avait emporté son oreiller. Notre première nuit d’amour fut enivrée de caresses et de sexe. Rapidement, j’ai quitté mon job pour le rejoindre à Lyon, et nous nous sommes mariés. Lui était au démarrage de sa carrière. Ingénieur électronicien puis cadre supérieur dans une société de services informatiques à l’international. Pendant des années, j’ai vécu un bonheur que je croyais indestructible. Mais il y avait des zones d’ombre. En 1998, alors que nous étions en boîte avec des copains, une stripteaseuse a fait un show… Il ne décollait pas son regard d’elle. Des yeux de voyeur. Un an plus tard, je lui ai préparé mon coup : lingerie en dentelle, string et bas. Mais ce strip le laissa perplexe : c’était comme s’il n’en revenait pas que sa femme puisse se comporter ainsi… en pute. Je n’ai plus recommencé. À quoi bon ? Nous étions heureux ensemble. Même si nous ne faisions pas l’amour aussi souvent que je l’aurais voulu, l’entente était bonne… Il préférait me pénétrer par-derrière. Lorsqu’il jouissait et éjaculait, son corps tremblait, mais il n’exprimait pas verbalement sa jouissance. Je me disais qu’il fallait respecter son jardin secret.

 

J’ai continué à penser ainsi, même quand Patrick s’est mis à trouver des « dérivatifs » pour « gérer le stress ». Entre ses missions à l’étranger et la varappe, il est devenu de plus en plus absent. Même au lit, la lassitude l’emportait : parfois, la grosseur de sa verge diminuait trop pour que je ressente du plaisir. Je simulais. Un jour, il m’a demandé pudiquement d’être plus « chagasse », mais sans vraiment m’encourager. Pendant un an, entre 2012 et 2013, nous avons suivi une thérapie de couple. Même le psy y croyait : Patrick assurait que le désir allait revenir. Puis, en août 2013, alors que nous passions un week-end à la montagne, j’ai lu un e-mail qu’il venait d’envoyer de son iPhone… à une femme, dont il m’apprit qu’elle était une collaboratrice de dix ans plus jeune que lui. Cela faisait trois mois que ça durait. En état de choc, je suis partie chez une amie. Patrick a rompu avec sa maîtresse. Je suis revenue, je n’avais qu’une idée en tête : récupérer mon homme, lui redonner le désir de moi. Un soir, j’ai fait un strip. Je me suis surpassée. Il me regardait avec ce même regard que pour la fille en boîte, puis, tout d’un coup, il m’a stoppée. Il « bloquait », il fallait le comprendre. Il avait dû gérer beaucoup d’émotions avec sa rupture et sa décision de rester avec moi. Plus tard, il m’a dit : « Ton show était mille fois pire que celui d’il y a quinze ans. » Ces mots résonnent encore en moi. Ensuite, d’autres phrases ont émergé de sa bouche : « J’ai beaucoup réfléchi et je dois m’accepter tel que je suis, j’ai des envies ailleurs ; nous nous entendons très bien, mais je ne vais pas me forcer à coucher avec toi… » Le pire vint quand j’appris qu’il vivait depuis trois ans des relations extraconjugales. « Jamais avec des femmes que je connaissais », a-t-il cru bon de me préciser, en grand seigneur. S’ensuivit alors ma descente aux enfers.

 

Incapable de travailler, de m’alimenter, de m’aimer, je dépérissais à vue d’oeil. Les SMS qu’il m’écrivait évoquaient longuement sa souffrance : lui, toujours lui. Il avait besoin que je le comprenne… Il avait repris sa relation, bien sûr, mais pas question que je le quitte. Je voulais me réveiller de cet horrible cauchemar. Il rentrait le week-end pour me vampiriser puis repartait en Suisse travailler et se lover dans les bras de sa maîtresse. Je me souviens que, lorsque nous étions chez le psy, il avait dit que j’étais trop dépendante de lui, qu’il ne supportait plus de me voir triste. Il était pourtant d’une grande froideur lorsqu’il m’annonçait qu’il avait encore besoin de s’isoler pour faire le point… laissant planer la menace d’une rupture. Au bout de la troisième fois de ce jeu pervers, j’ai craqué. Je lui ai laissé un message, je pleurais, je lui ai dit que je n’en pouvais plus et que la prochaine fois qu’on se verrait, ce serait chez l’avocat. Le lendemain, il est venu récupérer une partie de ses affaires. C’était il y a quatre mois. Je parviens progressivement à reprendre de la hauteur. Pendant toutes ces années, je m’étais mise entre parenthèses. Ce n’est pas bon de tout donner à ce point. Il faut garder son identité de femme et son autonomie affective, s’autoriser à vivre sans avoir besoin d’un homme.”

Publié le 05 Juin 2014
Auteur : propos recueillis par Agnès Giard | Photo : Alix Marie
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