Politique Publié le 05 Juin 2014 par Leïla Miñano et Julia Pascual

Violences sexuelles dans l’armée : mission accomplie ? 08/04/2014

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Un mois et demi après la parution de notre livre-enquête, La Guerre invisible, le ministre de la Défense a présenté son plan d’action pour lutter contre les violences sexuelles dans l’armée. Une prise de position historique. Même si les victimes attendent une reconnaissance plus ferme.

L ’objectif pour les armées françaises, c’est la tolérance zéro. Elles doivent être exemplaires. » Ils étaient deux cents, ce mardi 15 avril, à écouter la sentence de Jean-Yves Le Drian, leur chef. Deux cents cadres de l’armée venus des quatre coins de la France pour entendre un ministre de la Défense s’exprimer pour la première fois sur les violences sexuelles faites aux femmes militaires. Une conférence historique en forme de recadrage ? Ces « agissements […] sont absolument intolérables », a-t-il déclaré, avant de décliner un « plan d’action » face à une assemblée qui ne desserrait pas les dents. Voilà l’institution prévenue. Les victimes qui ont témoigné dans La Guerre invisible ont dit vrai. « La réalité des comportements prohibés à caractère sexuel ne peut être niée », confirme le rapport commandé par le ministre le jour de la parution de notre livre enquête.

 

Une série de mesures sans précédent pour les femmes de l’armée française ont été annoncées : l’interdiction du harcèlement moral et sexuel est désormais inscrite dans le Code de la défense (conférant enfin aux militaires les mêmes moyens devant les juridictions administratives que les fonctionnaires civils) ; des statistiques annuelles sur les violences (et leurs suites disciplinaires et judiciaires) seront produites ; une cellule d’écoute pour traiter directement les signalements des victimes et conseiller le commandement sera mise sur pied ; l’encadrement de la grande école militaire Saint-Cyr va être partiellement féminisé pour tenter d’endiguer les cas de discrimination ; des sous-marins s’ouvriront aux femmes à titre expérimental en 2017…

 

Par son discours, Jean-Yves Le Drian venait de faire entrer la féminisation de l’armée dans le xxie siècle. En partie seulement. Car le ministre devait aussi ménager son auditoire : « J’ai entendu évoquer une supposée omerta institutionnelle. […] Je n’en vois pas la trace. » Pour lui, point de « déni », le commandement « fait le plus souvent preuve de sévérité et de responsabilité ». Or, le rapport certifie sa responsabilité : « Les victimes ne sont pas accompagnées par l’institution dans la dimension psychologique », « le traumatisme invisible subi n’est pas pris en compte », certaines brimades et même des viols n’ont pas fait l’objet de « compte rendu de faits graves aux autorités supérieures », il arrive que des coupables ne soient pas sanctionnés, que les punitions infligées soient « sans rapport avec la gravité des faits », que des auteurs de viols soient promus… L’honneur des soldates n’est pas lavé.

 

C’est pour cette raison que certaines d’entre elles ont demandé, dans une tribune parue dans Le Monde du 23 avril (« M. Le Drian, entendez les femmes militaires victimes d’agressions sexuelles »), à rencontrer personnellement le ministre. Peut-être peut-on lui souffler qu’en 2012 son homologue australien avait osé ces mots devant le Parlement : « Au nom du gouvernement, je présente aujourd’hui mes excuses aux hommes et aux femmes des forces de défense australiennes […] qui ont souffert d’abus sexuels ou d’autres types de violences. Vous n’auriez jamais dû vivre des choses pareilles. » À bon entendeur…

Publié le 05 Juin 2014
Auteur : Leïla Miñano et Julia Pascual | Photo : Camille Besse (illustrations)
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