La cabine d'effeuillage Publié le 26 Mai 2014 par Cécile Andrzejewski

Le casse high-tech Ryad Boulanouar

blog post image

Passionné d’électronique depuis tout petit, cet ancien interdit bancaire a inventé la banque sans banquier en permettant à tous d’ouvrir un compte chez un buraliste. Sorti major de son école d’ingénieurs, il a galéré pour trouver un job à cause de son nom pas assez gaulois. Mais à force d’obstination, et quelques innovations technologiques plus tard, il a lancé le Compte-Nickel. Quinze mille ont été ouverts à ce jour.

Dans sa grande maison en teck, à l’abri d’un portail automatique et au bout d’une petite rue d’Alfortville, en Seine-et-Marne, Ryad Boulanouar se sert tranquille- ment un verre de vin blanc pour commencer la soirée en douceur. Il sourit, passe machinalement une main sur sa barbe de trois jours et s’installe dans son grand canapé d’angle rouge. «J’ai fini de bosser, je décompresse.»

C’est vrai qu’il bosse, cet entrepreneur quadra en jean-baskets. Voilà trois ans qu’il passe ses journées, et aussi quelques-unes de ses nuits, à la concrétisation d’un projet devenu réalité en février dernier: le Compte-Nickel. Un compte sans banque, que n’importe quel individu muni d’un téléphone portable et d’une pièce d’identité peut ouvrir en cinq minutes dans un bureau de tabac. L’idée de départ est simple: permettre à tout un chacun, et surtout aux exclus, interdits bancaires ou autres démunis, de conserver leur cash à l’abri et d’obtenir un RIB (relevé d’identité bancaire), ce sésame synonyme d’identité sociale. Aucun banquier pour vous juger ni vous demander des garanties sur dix générations, aucun risque de s’enfoncer dans le terrible tourbillon de l’endettement, puisque aucun découvert n’est autorisé. Juste un peu de technologie, une borne Nickel et un buraliste. «Je voulais être utile, faire un beau truc, souffle-t-il, la voix cassée, sans se départir de son sourire. Réaliser quelque chose d’im- portant, qui change la donne. » Rien que ça.

 

Génial bricoleur en culottes courtes

 

Retour aux sources. Ryad naît à Lyon en 1973, après que ses parents ont fui l’Algérie: son père, journaliste, qui a soutenu le FLN et l’indépendance, refuse de « se faire voler sa révolu- tion» et de cautionner le coup d’État. De drôles d’individus tournent autour de la maison, il est temps de plier bagage. Heddi et Sakina Boulanouar embarquent donc leurs deux filles de l’autre côté de la Méditerranée, où leur fils verra le jour. Ils s’installent rapidement en banlieue parisienne, à Alfortville. Sakina trouve un emploi d’assistante à l’université de Créteil et Heddi, coincé par son visa de déménageur – il fallait fuir vite, sans éveiller les soupçons –, finit par travailler à Rungis. « On était une famille d’intellectuels pauvres. Intellectuels quand même, mais ça ne nourrit pas, rigole Ryad.

Attention, on n’a jamais manqué de rien, surtout pas d’amour ! » D’autant plus que, dernier de la fratrie oblige, il est le chouchou. « Il a fait des convulsions quand il avait un an et demi, donc je l’ai un peu plus protégé que ses sœurs », ajoute sa mère, une frêle petite dame rousse qui, elle non plus, ne cesse jamais de sourire.

Même si la famille ne roule pas sur l’or, tout ce petit monde est heureux. 

 

La suite dans Causette #46.

Publié le 26 Mai 2014
Auteur : Cécile Andrzejewski | Photo : Manuel Lagos Cid pour Causette
2081 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette