Environnement Publié le 26 Mai 2014 par Amandine Cailhol

Gardarem lou semences ! Agroécologie

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hybrides, génétiquement modifiées ou bourrées de pesticides, les graines industrielles inondent le marché et inquiètent les paysans. pour protéger leur autonomie et préserver la biodiversité, une poignée de rebelles, notamment dans le Larzac, refusent de se plier aux règles de l’agrobusiness. Dans les fermes, ils organisent la riposte, sélectionnent, multiplient et échangent leurs «semences paysannes», adaptées aux terroirs et respectueuses de la nature. Des initiatives que le consommateur peut soutenir, à condition de s’y retrouver...

En Europe, cinq grandes entreprises se partagent 95 % du marché des semences végétales. Celui des semences de maïs est détenu à 75 % par cinq compagnies, et huit sociétés règnent sur 99 % du marché de la betterave sucrière. Quant aux légumes, ils sont contrôlés à 24 % par Monsanto. En France, trois groupes – Limagrain, Dupont et Syngenta – détiennent près de 50 % du marché total des semences. Ces chiffres, issus d’une étude des eurodéputés Verts 1 publiée en janvier 2014, font froid dans le dos. Les écolos ne sont pas les seuls à s’alarmer de l’état du secteur. En 2010, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estimait que 75 % de la diversité des cultures avait disparu au cours du siècle dernier 2.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pour comprendre, un petit tour à Montredon, sur le plateau du Larzac (Aveyron), s’impose. C’est là que José Bové, le faucheur de maïs transgénique devenu député européen EELV, a pris racine. Sur cette terre rocailleuse d’élevage et de résistance, célèbre pour avoir, dans les années 70, dit non à l’extension d’un camp militaire. Dans sa maison écolo 100 % bois, la rencontre commence par un cours d’histoire. « Depuis la nuit des temps, les plantes se reproduisent toutes seules, gratuitement. Et pour les marchands, c’est un sacré inconvénient », ironise le militant moustachu. La suite n’est qu’un « long processus de privatisation du vivant », qui commence au début du xxe siècle, aux États-Unis, avec l’invention et la généralisation de l’hybridation, technique de croisement de deux graines. Le but: augmenter les rendements. Les agriculteurs, qui utilisaient jusqu’alors une partie de leur récolte pour semer la saison suivante, déchantent vite. Car si l’hybride bat tous les records la première saison, il perd en qualité dès la deuxième année. Désormais, les paysans devront passer à la caisse tous les ans. Pour les semenciers, par contre, c’est le jackpot.

 

Désobéissance civile

 

À partir de là, tout s’accélère, sur fond de mariage des semen- ciers avec les grands groupes de la chimie: la maîtrise du génome, l’arrivée des OGM, le système américain des brevets et son pendant français, le certificat d’obtention végétale. Conscients du mauvais virage que prend l’agriculture, les paysans croisent le fer et gagnent quelques batailles. « Il y a dix ans, nous avons fait plier les industriels qui voulaient vendre des plantes stériles », se souvient José Bové. Aujourd’hui, le combat continue contre les « OGM cachés », appelés aussi « plantes pes- ticides ».  

 

La suite dans Causette #46.

Publié le 26 Mai 2014
Auteur : Amandine Cailhol | Photo : Emilie Loreaux pour Causette
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