Les gens Publié le 26 Mai 2014 par Pauline Marceillac

Nicole et les enfants dehors ! Cancer pédiatrique

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Cancérologue pédiatrique, Nicole Delépine provoque l’ire de la communauté scientifique depuis trente-cinq ans. Elle se bat pour soigner ses patients au cas par cas, excluant les essais thérapeutiques à grande échelle financés par les laboratoires pharmaceutiques. Elle dérange, au-delà du médical, et son service d’oncologie pédiatrique de Garches, unique en France, est aujourd’hui menacé de fermeture. Rencontre avec ce médecin grande gueule et à contre-courant.

 

Les méthodes du docteur Nicole Delépine dérangent. La médecine au cas par cas pratiquée par cette cancérologue pédiatrique de 67 ans, à l’opposé des traitements standardisés imposés par ses pairs, pourrait bien disparaître avec son départ à la retraite en juillet prochain. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) l’a annoncé, le service d’oncologie pédiatrique de l’hôpital universitaire Raymond-Poincaré de Garches, dans les Hauts-de-Seine, sera alors transféré à l’hôpital Ambroise-Paré, à Boulogne- Billancourt. L’unité «ne respecterait pas les bonnes pratiques, au moment même où l’AP-HP affirme, dans son plan straté- gique, son engagement d’appliquer les recommandations du Plan cancer III».

À ces «bonnes pratiques» officielles, Nicole Delépine oppose les siennes, mises en place dans les années 80 à partir des travaux du docteur Gerald Rosen sur le méthotrexate. En 1982, le cancérologue américain parvient à sauver plus de 80 % de ses malades atteints d’un cancer des os en leur administrant des doses croissantes de cette molécule, adaptées en fonction de chaque patient. Avec cette thérapie sur mesure, Nicole Delépine et son mari chirurgien orthopédiste revendiquent «un taux deguérison de 90 % en “première main” pour zéro amputation en trente ans».

 

«Usines à cancer»

 

Ces traitements «à l’ancienne», éprouvés, mais économiquement moins intéressants pour les labos que les molécules dites «innovantes», sont administrés sans recourir à des chimiothérapies en cours d’essais cliniques, que l’oncologue abhorre, refu- sant de faire de ses patients des «cobayes». C’est là où le bât blesse : sans essai clinique, aucune étude officielle ne valide ses résultats, qui se trouvent dès lors mis en question. Des patrons de centres cancéreux lui ont d’ailleurs dit: «Tu as le droit de guérir tes patients,mais pas de publier.» «Évidemment,direque d’anciens traitements fonctionnent, c’est contre-productif ! » ironise-t-elle. L’oncologue a même essuyé plusieurs procès. Et le dernier Plan cancer gouvernemental, dévoilé en février, qui prévoit «de doubler en cinq ans le nombre des essais cliniques pour qu’ils concernent tous les cancers et notamment les 1 700 cancers pédiatriques », enfonce le clou, excluant de fait le protocole alternatif du service de Nicole Delépine. Ses détracteurs refusent aujourd’hui de parler, évitant d’alimenter une polémique devenue politique. Pourtant, «ses pratiques ont fait ses preuves», avance la cancérologue Éléonore Djikeussi, licenciée par l’administration hospitalière lorsqu’elle a demandé sa mutation dans le service de Delépine.  

 

La suite dans Causette #46.

 

 

Entretien - “L’accès précoce à l’innovation, c’est de l’enfumage pour dire cobayes !”

 

Causette : En quoi votre service est-il unique en France ?

Nicole Delépine : Nous ne sommes pas si originaux que ça, nous respectons simplement le serment d’Hippocrate et l’arrêt Mercier de 1936, qui dit que «le médecin ne pouvant s’engager à guérir, il s’engage seulement à donner des soins non pas quelconques, mais consciencieux, attentifs et conformes aux données acquises de la science». Aux don- nées acquises ! Cela va à l’encontre des essais cliniques randomisés, au cours desquels les sujets recevant un traitement ou un placebo sont choisis au hasard. Nous utilisons les mêmes molécules que les autres, sauf les molécules dites «innovantes». Et, là où nous sommes différents, c’est dans notre façon de les donner: on adapte les doses en fonction de chaque patient et de ses réactions. Nous sommes extrê- mement vigilants. Le méthotrexate, par exemple, est une molécule puissante qu’il faut surveiller de très près. Nous fai- sons de la médecine artisanale, minutieuse, appliquée par des seniors rodés. Ce sont des chimiothérapies de haute voltige ! Impossibles à faire dans les protocoles.

 

Qu’est-ce qui a changé depuis une vingtaine d’années ?

N. D.: Au début des années 90, on pensait qu’on allait tout résoudre par la génétique: de cliniciens, les cancérologues sont devenus des techniciens. (...)

 

La suite dans Causette #46.

 

Publié le 26 Mai 2014
Auteur : Pauline Marceillac | Photo : Valérie Couteron pour Causette
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