Politique Publié le 26 Mai 2014 par Leïla Miñano

Quand les factrices lèvent le poing La Poste

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En janvier dernier, La Poste met à la porte Sandrine, mère célibataire en CDD, et Stéphanie, en contrat d’insertion, au motif que les deux factrices à vélo ne sont pas titulaires... du permis de conduire. Pour leurs collègues des Hauts-de-Seine, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La grève dure depuis trois mois.

C’est elle, Sandrine ! » Dans la pénombre, un postier ensommeillé pointe du doigt une menue silhouette surmontée d’une casquette. Il est 6 heures, le jour se lève doucement devant la station de métro Reuilly-Diderot (Paris, 12ème). La jeune femme discute avec des collègues. Il y a quelques mois, cette tranquille mère de famille n'avait jamais prononcé les mots «assemblée générale». Il y a quelques mois, à la même heure elle parcourait encore à vélo les rues de Rueil-Malmaison (92), les sacoches pleines de courrier. Puis la sanction est tombée: après trente-trois mois de CDD, son contrat n’a pas été renouvelé, au motif qu’elle n’avait pas le permis de conduire.

 

La factrice, qui a depuis troqué son vélo jaune contre une banderole de la même couleur siglée SUD PTT, se souvient: «C’était le dernier jour de mon troisième CDD, le 5 janvier. Un syndicaliste est venu me dire que mon contrat ne serait plus renouvelé. J’ai fondu en larmes, j’étais écœurée. Mon chef n’avait même pas pris la peine de me l’annoncer lui-même.» Sandrine, mère céli- bataire de deux enfants, qui peine déjà avec ses 1350 euros mensuels, se demande comment elle va s’en sortir: «De travail- leuse, j’étais devenue chômeuse.» Karine, gréviste et factrice dans le bureau de poste depuis quatorze ans, raconte: «J’en ai vu défiler, des CDD, mais c’était le licenciement de trop. San- drine faisait un travail irréprochable, elle était très appréciée. On est tous montés voir le chef dans son bureau. Mais il n’a pas voulu discuter, il a dit que c’était fini, et c’est tout.»

 

À Rueil-Malmaison, tout le monde a repris le travail, mais le départ de la collègue est «resté comme un os en travers de la gorge».

 

La suite dans Causette #46. 

 

Publié le 26 Mai 2014
Auteur : Leïla Miñano | Photo : Axelle de Russé pour Causette
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