Politique Publié le 26 Mai 2014 par Cécile Andrzejewski et Julia Pascual

A-t-on le droit ou pas au décolleté en politique ?

blog post image

Ça aurait simplement pu être un buzz de plus : l’interdiction supposée du décolleté au sein du ministère de Ségolène Royal. Seulement voilà, au quotidien, les élues reconnaissent devoir être constamment attentives à leur tenue, sous peine de remarques sexistes et autres quolibets.

L’exclusivité du Point aura agité le monde politico-médiatique en cette fin avril: Ségolène Royal aurait eu des velléités de censure en matière de décolleté au sein du ministère de l’Écologie. Le mystère, lui, restait entier : prohiba-t-elle ou ne prohiba-t-elle pas l’encolure plongeante ? Si le vrai du faux ne fut pas distingué, quelques voix s’élevèrent pour réaffirmer le droit de la femme à disposer de son corps et à s’habiller comme fichtre lui plaît. Oui, mais. Une fois posé ce principe, qu’en est-il vraiment ? La femme a-t-elle le droit ou pas au décolleté en politique ?

«C’est une question que je n’ai jamais réussi à résoudre dans ma longue vie politique», se désole Roselyne Bachelot, plusieurs fois ministre et ancienne députée UMP. «C’est théoriquement autorisé, mais en réalité c’est assez mal vu, répond du tac au tac Chantal Jouanno, sénatrice UDI. On veut des femmes en politique et, en même temps, si on met un décolleté ou une minijupe, les remarques fusent assez vite. C’est de la misogynie phallocrate inconsciente.» À tel point que, pour acheter la paix, l’ex-karatéka avait renoncé, du temps où elle était ministre, à porter des jupes pour se rendre à l’Assemblée. Une privation qui s’étend jusqu’au «décolleté plongeant»: «Je n’en porte pas parce que je n’ai pas envie d’être embêtée. Le combat politique est suffisamment dur. Si en plus il faut justifier ses tenues...» Si elle ne se prive pas de haut échancré, la coprésidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, Barbara Pompili, elle aussi, s’«autolimite». «Je ne me censure pas, je mets de jolis vêtements, mais je sais que si je ne fais pas attention, je le paierai. »

 

Injonctions contradictoires

 

Pour Marlène Coulomb-Gully, universitaire, chercheuse en communication politique et sur les représentations du genre dans les médias, «la perception des femmes dans l’espace public les a longtemps réduites à leur apparence ». Et par oppo- sition, la compétence, elle, « rimait avec masculinité ». Pour la secrétaire d’État chargée du numérique, Axelle Lemaire, «la femme politique est constamment ramenée à ses vêtements. On est obligées de se poser la question : si j’y fais trop attention, ne vais-je pas me décrédibiliser ? » Conséquence : « Pour être légitime, il faudrait endosser les codes masculins ! » s’agace l’eurodéputée EELV Karima Delli. À l’image de Michèle Alliot-Marie, qui tenait à ce qu’on l’appelle madame « le » ministre. Et qui, jeune députée dans les années 70, avait rembarré un huissier qui lui refusait l’entrée dans l’hémicycle du fait de sa tenue (les femmes n’ont été autorisées à y porter le pantalon qu’en 1980) : « Si c’est mon pantalon qui vous gêne, je l’enlève dans les plus brefs délais », avait-elle décoché.

 

La suite dans Causette #46. 

Publié le 26 Mai 2014
Auteur : Cécile Andrzejewski et Julia Pascual | Photo : AFP
2829 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette