Société Publié le 29 Avril 2014 par Cécile Andrzejewski

Seamen’s Club Un havre pour les matelots

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Chaque année, des dizaines de milliers de marins font escale au Havre. Et, depuis trente ans, le Seamen’s Club accueille ces matelots venus du monde entier et leur offre un espace pour se reconnecter quelques heures avant de larguer de nouveau les amarres, parfois pour de longs mois. Rencontres au cœur de ce foyer où ça papote et ça pianote dans toutes les langues.

Au sous-sol de l'hôtel des Gens de mer du Havre, il y a un foyer. Les fenêtres sont trop petites pour voir la lumière du jour, et le temps flotte sous les lampes artificielles. Le lieu, qui ouvre de 16 heures à 23 heures, vit au rythme des marins qui y débarquent ou qui larguent les amarres. Car dans ce foyer, depuis trente ans, ils reprennent contact avec leur chez-soi, le temps d'une escale. Ils restent en général quatre heures au Seamen's Club, pendant lesquelles ils se connectent sur Internet, passent un coup de fil vers un autre fuseau horaire, boivent une bière et s'achètent une petite tour Eiffel, en souvenir de Paris, qu'ils ne verront pas.

 


«Demain matin, nous partons pour Boston. Ça nous prend huitjours,huitjoursenmer,sansvoirlaterre»,détaille Jacob de sa voix calme, habitué à sillonner les océans. Marin depuis ses 18 ans, voilà quatorze ans qu'il navigue. Originaire de Goa, il est membre de l'équipage 100 % indien du porte-conteneurs MSC Bremen, « parce que c'est plus pratique pour les épices », précise, sans rire, le cuisinier. Ils sont une dizaine à avoir pris leurs quar- tiers pour la soirée sur le grand canapé d'angle rouge. Ils en profitent pour se brancher sur Skype, Facebook ou sur des sites de téléchargement pas tout à fait légaux, car il faudra bien tuer le temps pendant les neuf mois de contrat qui les tiennent sur leur bateau.

 

Certains passent parfois trois mois sans poser pied à terre. Alors lorsqu'ils viennent au Seamen's, leur premier réflexe est de se ruer sur le WiFi, auquel ils n'ont pas accès en mer. La connexion coûte 1 euro les trois heures, et Stéphanie, derrière le bar, vend des cartes téléphoniques pour appeler à l'étranger. La plupart des matelots qui passent sont philippins ou indiens. Leur rémunération mensuelle oscille entre 800 et 1 000 dollars par mois (environ 580 à 730 euros), soit près de dix fois le salaire moyen dans leur pays d'origine. Pour des journées de travail de douze heures, voire plus, trois mois de repos, et rebelote.

 

La suite dans Causette #45.

 

Publié le 29 Avril 2014
Auteur : Cécile Andrzejewski | Photo : Benoît Decoux
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