Société Publié le 29 Avril 2014 par Elisa Mignot

Le brIc-à-brac de la seconde chance

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Avec une autorité maternelle, Madame Raymonde dirige depuis vingt ans l’association Neptune de réinsertion par le travail, à Montreuil. Ici, chômeurs de longue durée et condamnés à des travaux d’intérêt général récupèrent meubles et objets, les exposent et les vendent. Dans cette caverne d’Ali Baba, pas question d’assistanat, mais de salut par l’emploi.

Au bout de la longue table, elle est assise devant un Thermos de café filtre. Il n'est même pas 9 heures et, pendue à son téléphone suranné, elle règle des histoires de camion et de livraison tout en lançant des « Ça va, ce matin ? », « Que faites-vous ? », « Où allez-vous ? » aux premiers arrivés. Des jeunes et des vieux qui commencent à pointer avant l'ouverture. Dans le réfectoire, l'ambiance est encore calme, les fleurs en plastique poireautent et les peluches n'ont d'yeux - figés - que pour cette petite dame d'un certain âge, seule attablée. Elle, c'est « Madame Raymonde », comme on l'appelle avec déférence à l'association Neptune. À côté, chandeliers et coquetiers sont déballés par des femmes bénévoles aux cheveux gris ondulés par les bigoudis. Raymonde Chabanon est la directrice de cette association de réinsertion par le travail, sise à Montreuil (Seine- Saint-Denis). L'une des plus importantes du département, avec ses 150 travailleurs et ses 1 500 mètres carrés d'entrepôts classés par couleurs et par types d'objets.

 

Le mot « bric-à-brac » aurait pu être inventé ici. De même que la légendaire caverne d'Ali Baba ou encore l'histoire de l'arche de Noé. Chez Neptune, on débarrasse et on récupère meubles et objets puis on les expose et on les cède à bon prix aux visiteurs, bobos ou familles bénéficiaires des minima sociaux. Le midi, entrée, plat et dessert sont proposés au personnel et, le soir, les mêmes repartent chez eux avec des colis repas. Chauffeurs, vendeurs, manutentionnaires, cuisiniers, serveurs et secrétaires de Neptune, tous sont des chômeurs de longue durée adressés par Pôle emploi ou des condamnés à des travaux d'intérêt général (TIG) par le tribunal de Bobigny. En contrats aidés, ils restent de quelques jours à trente mois à l'association. Dans un drôle de ballet, parcours de vie et par- cours d'objets cabossés s'entrecroisent sous les poutrelles de l'ancienne usine de poupées. Ici, rien ni personne n'est mis au rebut. Naufragés de la société, tous viennent se retaper avant de (re)plonger dans le grand bain. «Les bouées doivent avoir un usage exceptionnel, il faut surtout apprendre à nager », lit-on sur une petite banderole dans le réfectoire.

 

Un jeune homme, baskets et jogging gris, vient silencieusement ranger des tasses tout juste lavées. C'est « un TIG ». Il s'appelle Mohammed, il a 29 ans, cinq passages en prison, une dent de devant en moins et 120 heures à faire chez Neptune. Il n'a jamais travaillé. Il fait la plonge depuis quelques jours. Mohammed frime un peu en affirmant que la prison c'était mieux, qu'il y avait tout ce qu'il fallait, puis il avoue qu'il aimerait « travailler honnêtement » et avoir un salaire de 1 300 euros.

 

La suite dans Causette #45.

Publié le 29 Avril 2014
Auteur : Elisa Mignot | Photo : Jean-François Joly
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