Enquete Publié le 29 Avril 2014 par Virginie Roels

L'Italie empoisonnée Trafic de déchets toxiques

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Depuis plus de vingt ans, l’air qu’ils respirent, l’eau qu’ils boivent, les terres qu’ils cultivent sont contaminés par du mercure, des solvants, de l’uranium. Et cela, les habitants de la Campanie, dans le sud de l’Italie, l’ignoraient. Les autorités politiques, elles, savaient, mais ont gardé le silence. Un silence coupable, car aujourd’hui la région pleure ses morts.

Ce n’est un secret pour personne: depuis le début des années 80, la mafia napolitaine, la tristement célèbre Camorra, a fait main basse sur le très juteux marché des déchets industriels en Italie. Bien loin de les recycler, elle se contente de balancer à même la terre pneus, sacs plastique, ordures ména- gères, avant d’y mettre le feu. Mille cinq cents décharges illégales à ciel ouvert brûlent encore aujourd’hui en Campanie, d’où son surnom de «Terre des feux». Autant dire que les 6 millions d’habitants de la région sont au courant, comme ils savent aussi que la fumée noire qui s’en dégage est chargée de dioxine. En revanche, ils étaient loin de se douter que la Camorra était allée beaucoup plus loin, la poignée de parlementaires qui détenait cette information explosive depuis 1997 s’étant bien gardée de la révéler. 

 

Retour à ce début d’octobre 1997 : dans le cadre d’une commission parlementaire sur « le trafic de déchets toxiques », deux sénateurs et trois députés s’apprêtent à entendre en huis clos les confessions d’un repenti de la Camorra, Carmine Schiavone. Avec son sourire enfantin, ses yeux azur et ses cheveux poivre et sel, on donnerait le bon Dieu sans confession à ce papy de 70 ans. Pourtant, il est loin d’être un enfant de chœur. Pendant plus de vingt ans, il a été l’un des boss du clan des Casalesi, l’une des plus redoutables familles de la Camorra. À leur actif: enlèvements, racket, assassinats, à l’arme à feu ou à l’arme blanche au choix, ou par étran- glement. Carmine Schiavone reconnaît avoir commandité à lui seul cinquante meurtres et tué entre dix et vingt personnes – il ne s’en souvient plus très bien, l’âge sans doute. 

 

Étrangement, s’il a accepté de collaborer avec la justice, ce n’est pas uniquement pour dénoncer ses petits copains, ni même pour confesser ses crimes, mais pour révéler un secret qui l’« empêche de dormir». 

 

La suite dans Causette #45.

Publié le 29 Avril 2014
Auteur : Virginie Roels | Photo : Francesco Alesi
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