Dr Kpote Publié le 28 Avril 2014 par Dr Kpote

Dr Kpote et Mr Sexuel Chronique

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Militant de la lutte contre le sida, le Dr Kpote intervient depuis une dizaine d’années dans les lycées et centres d’appren- tissage d’Île-de-France, de Versailles à Clichy en passant par Paris, comme “animateur de prévention”. Chaque semaine, il rencontre des dizaines de jeunes avec lesquels il tente de dialoguer sur la sexualité et les conduites addictives. Plongeon en adolescence sur les rivages de la puberté, en période de forte inondation hormonale...

Je me déplace dans les lycées pour y rencontrer les jeunes, mais ce sont les adultes qui m'invitent et qui m'accompagnent. Sur des sujets aussi sensibles
que la sexualité ou les conduites addictives, eux aussi ont leurs propres représentations, et celles-ci transpirent parfois malgré leur obligation de neutralité.

 

Je me souviens d'un prof qui, pour faire la blague, m'avait interpellé avec un soupçon de mépris : « Ah ! voilà monsieur Sida ! Ah, ah ! » Quand je lui ai rétorqué que j'étais effectivement séropo et qu'« avoir le sida comme carte de visite, je m'en passerais bien », j'ai senti son monde de suffisance s'écrouler sous les regards outrés de ses collègues. Malgré ses excuses, je l'ai planté là avec ses regrets, sans lui avouer mon mensonge. Il a pu ainsi tester un vrai message de prévention : la séropositivité avançant généralement masquée, il convient de ne pas s'en moquer à la volée.

 

Suivant la capacité des élèves à encaisser l'information ou, plus sûrement, celle des adultes à l'assumer, l'établissement change l'intitulé de mes animations.
Elles deviennent tour à tour « conférence sur le sida», «information sexualité», «échanges sur la vie amoureuse» ou «un sujet qui devrait vous intéresser. Allez, je vous laisse avec le monsieur». Parfois, on réserve la sur- prise pour éviter tout débat avec l'au-delà et s'assurer de la présence des élèves. Du coup, on entretient les tabous et je perds un bon quart d'heure à rassurer toutes les sensibilités. Le premier contact se fait à la grille et signaler aux sur- veillants que je viens causer drogues au milieu d'un nuage de fumée et d'élèves peu pressés me vaut des regards chargés de pitié, genre « pauvre vieux, c'est pas gagné ».

 

A l'intérieur, les infirmières sont mes guides. Je les suis comme le messie dans les longs couloirs de ces immenses paquebots échoués que sont les lycées. En général, la salle réservée est toujours squattée par un cours qui a débuté malgré les plannings maintes fois déposés dans les casiers. À l'école comme dans les prisons, on est confronté à la surpopulation.

 

La suite dans Causette #45.

Publié le 28 Avril 2014
Auteur : Dr Kpote | Photo : Alexa Brunet / Transit / Picturetank
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