La copine de Causette Publié le 28 Avril 2014 par Elsa Maudet

Conjurer le mauvais corps Béatrice Idiard-Chamois

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Cette infatigable sage-femme, elle-même hémiplégique et malvoyante, a ouvert à Paris une consultation spécialisée dédiée aux patientes atteintes de handicap moteur et sensoriel que les autres maternités répugnent à prendre en charge. Et elle y met tout son savoir-faire, son expérience, son temps et son inépuisable énergie.

Débordée, crevée, elle feuillette son agenda à la recherche d'une possibilité de rendez-vous. Il s'agit de se trouver un créneau entre l'équipe de Sept à huit de TF1, l'en- registrement des Maternelles, sur France 5, et sa tonne de boulot. «Je refuse NRJ 12 ou C'est ma vie1 », précise Béatrice Idiard-Chamois. Le voyeurisme, le spectacle, c'est niet. Pas fan de médiatisation, assure-t-elle, elle s'y prête parce qu'elle a « une lourde responsabilité vis-à-vis de ces femmes». Elles, ce sont les patientes que cette sage-femme de 49 ans suit depuis 2006 à l'Institut mutualiste Montsouris (IMM), à Paris, au sein de sa consultation dédiée au handicap moteur et sensoriel. La seule en France.

 

«Je ne me considère pas mieux qu'une autre, j'ai simplement fait ce que personne ne voulait faire », confie-t-elle. Levée à 4 h 30, elle sait rarement quand sa journée se terminera. «Ça m'a surprise que les demandes soient exponentielles. Je pensais que les femmes en situation de handicap étaient bien suivies dans d'autres maternités, sans avoir besoin de consul- tation spécialisée. » Pourtant, parmi ses patientes, la moitié s'est fait refouler ailleurs. Il y a les locaux inaccessibles aux fauteuils, évidemment, mais aussi les médecins mal à l'aise avec le han- dicap ou ceux qui sont bien conscients de leur méconnaissance de certaines invalidités. Résultat, en plus de la petite vingtaine de femmes handicapées d'Île-de-France qui accouchent chaque année à l'IMM, Béatrice Idiard-Chamois en reçoit une cinquan- taine d'autres en consultation, venues de tout le pays. 

 

Elle-même est en fauteuil roulant et malvoyante. Mais affirme avoir atterri professionnellement dans le milieu du handicap un peu par hasard. « Ce n'est pas parce qu'on est handicapé qu'on s'intéresse au handicap», balaie-t-elle d'une phrase. Non, elle, ce qu'elle voulait, c'était devenir météorologiste dans la marine. Reçue au concours, elle est recalée pour raisons médicales. « J'y voyais que dalle ! Et quand on est sur un bateau, il faut voir loin... » Atteinte d'une amblyopie2 sévère, elle passe son enfance le nez collé sur ses cahiers pour tenter de voir plus que «quelques couleurs, quelques formes ». Alors, forcément, météorologiste... Mais Béatrice n'est pas du genre à se laisser impressionner par une quasi-cécité. En témoignent ses trois années de tennis - elle n'a perdu l'usage de ses jambes que bien des années plus tard -, à tenter de bluffer son monde en se fiant à ses oreilles.


La suite dans Causette #45.

 

Publié le 28 Avril 2014
Auteur : Elsa Maudet | Photo : Marion Gambin
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