Corps et Ame Publié le 24 Janvier 2014 par Dossier réalisé par Nathalie Gathié

Mon oeil !

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Quand il jouait encore les poulbots tendres et énervants, Renaud poétisait sur les yeux de sa môme parce qu’ils avaient « l’avantage d’être deux ». Morgane des billes de sa princesse, le titi chanteur. Sans doute parce qu’il y tenait plus encore qu’à ses propres prunelles, peut-être aussi parce que, sous nos latitudes, les mirettes sont assimilées au miroir de l’âme. De la vue, Descartes disait qu’elle était « le plus noble et le plus universel » de nos sens. Une presque sacralisation qui dissuade encore massivement les foules de faire don de leur cornée, comme si cela augurait un insupportable clonage de leur conscience. C’est que l’oeil est le QG de l’intime. Il nous révèle à l’autre quand les regards se croisent, il nous trahit quand il nous illusionne ou quand la vue nous abandonne. Ilpointe aussi nos ambivalences. Pour vivre heureux, vivons cachés ? Mon oeil ! Les temps sont à l’exhibition, à la course à son petit quart d’heure de visibilité sur l’air de « ceux qui ne sont pas vus n’existent pas ». Haro sur les atteintes à la vie privée sur fond de voyeurisme aggravé ? Pipeau ! Nul n’a les yeux dans sa poche lorsqu’il s’agit de mater formats de téléréalité et clichés paparazzés. L’heure est à se repaître des images volées, tout en poussant des cris d’orfraie quand notre trombine à nous est capturée par les yeux de Moscou, qui nous pistent et nous traquent au nom du commerce ou de la sécurité publique. L’époque se « bigbrotherise », pis, elle se « google-glassise » ! Fenêtres permanentes sur l’univers virtuel, ces lunettes dites « intelligentes » fabriquées par l’espion planétaire nous renseigneront partout, sur tout et sans interruption. Connexion continue avec le monde numérique, flicage à portée de paupières. Les experts appellent ça la « supplémentation du réel ». Pour le supplément d’âme, on repassera, mais on se consolera en se souvenant du Petit Prince : lui savait que « l’essentiel est invisible pour les yeux ».

 

“Quand leurs yeux se rencontrent, puissants et misérables sont égaux” : L’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe, qui a longtemps travaillé sur l’esthétique du corps, a accepté, pour “Causette”, de poser son oeil d’experte sur nos prunelles.

 

Trompe l'oeil : Si l’illusion d’optique était un délit, les mirettes n’en seraient pas coupables. C’est, en effet, le cerveau qui dicte notre “marche à voir” et s’ingénie à jouer les trublions visuels.

 

L’ère des “conso-mateurs” : Fini le bon vieux temps de la réclame. Désormais, les papes du marketing sondent notre cerveau et traquent nos mouvements oculaires pour mieux nous “gogoïser”.

 

À perte de vue : Terra incognita, la cécité est aussi une terre de contrastes. Contrairement aux idées reçues des voyants, elle ne se résume pas au noir intégral. Confidences éclairantes de ceux qui de voir, se sont arrêtés.

 

Eteins la lumière (... ou pas)

 

J'aime les globes : Les Nippons n’ont ni les yeux ni la langue dans leur poche, puisqu’ils se lèchent les premiers avec la seconde et prennent plaisir à cet exercice qu’ils matent ou pratiquent. Déroutant, mais cohérent à l’aune d’une culture où l’oeil tient lieu de première zone érogène.

 

La suite dans Causette #42

Publié le 24 Janvier 2014
Auteur : Dossier réalisé par Nathalie Gathié | Photo : Illustrations : Manu BOISTEAU pour Causette
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