Supplément Homme Publié le 25 Juin 2013 par J. V. Jean

Pour nous, les hommes Edito

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Lorsque tu prononces ces mots dans ta pub, mec, j’ai l’impression de devoir me coltiner un vieux sac à dos bien lourd de clichés. Pour toi, « nous » ne pouvons être que de « vrais mecs, à l’ancienne », les mêmes, j’imagine, que ceux qui, torse nu et baraqués devant le miroir, se rasent dans la pénombre de lofts classieux, puis s’appliquent virilement un déo triple action juste avant qu’une vague potiche ne vienne leur flatter admirativement l’échine : « Pour nous, les hommes », scande alors la réclame. Elle nous renvoie plus ou moins finement à un éternel masculin supposé, à des idées périmées, des moeurs poussiéreuses, de vieilles lunes et, pour tout dire, d’hommes dépassés. Et tout ça pour nous fourguer de l’anti-pue.

 

Mais qui est-ce, exactement, « nous, les hommes » ? Cette communauté n’existe pas, à part dans les messages des publicités, les pamphlets de chroniqueurs avariés ou certains magazines spécialisés. Ces types ne sont plus « nous » ou, plutôt, je ne suis pas eux, et je me fiche comme d’une guigne de cet éternel-là : ce n’est pas le mien, mec. Moi aussi, j’avais envie de faire un supplément « pour nous, les hommes », mais à ma façon, pour des hommes d’un autre genre, des « nous » d’une autre époque : la nôtre, tiens. Quelques pages pour les mecs, tout aussi vrais que ceux d’avant, mais qui ont l’intelligence et le courage – tu dirais « les couilles » – d’évoluer. Qui ne craignent ni le présent, ni le futur, ni la vaste gamme de leurs émotions – et encore moins une redéfinition de leurs rôles, au nom d’un passé qui sent vaguement les torgnoles et la verveine. Ça doit être pour ça que je me sens plus vif et léger qu’eux, mec : j’ai posé mon sac à dos.

 

J.V. Jean

Publié le 25 Juin 2013
Auteur : J. V. Jean | Photo : Christophe Meireis
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