La cabine d'effeuillage Publié le 25 Mars 2013 par Nathalie Gathié

Kash Leone Jusqu'ici, tout va mal.

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À l’annonce de la fermeture du site PSA d’Aulnay-sous-Bois, Franck, alias Kash Leone, a lâché la chaîne pour empoigner le stylo. Ouvrier sur le site depuis douze ans, cette figure de la scène hip-hop de Seine-Saint-Denis a dégainé “Ça peut plus durer”. Un hymne à la résistance sociale, dont le clip cartonne sur YouTube. Un tribut au rap conscient, à rebours des rimes pensées pour faire entrer le cash.

«le morceau aurait pu s’appeler « Sacrifice d’ouvriers », Franck a choisi Ça peut plus durer. Comme un écho au Qu’est-ce qu’on attend ? de NTM, quand les lascars de Saint-Denis étaient suprêmes, comme une variation sur la même urgence, quand on sent poindre la sentence. « 2 800 emplois de chute, 2 800 vies braquées et une fermeture programmée en 2014, c’est du pur hold-up », débite Franck, 35 ans, dont douze enchaîné à PSA. À Aulnay-sous-Bois, entre les lignes de montage figées par une grève initiée le 16 janvier, ses collègues l’appellent « le Chanteur » souvent, « l’Américain » parfois. Pour la scène hip-hop, il est Kash Leone. « “Kash”, parce que je ne slalome pas quand je parle ; “Leone”, parce que ça sonne Amérique latine, et que j’aime ça », décrypte celui que les gazettes estampillent au gré des clichés « prolo du rap » ou « MC social ». Si étiquetage il doit y avoir, l’auteur de Ça peut pas durer préfère se coller lui-même à l’exercice : « Dans le rap, il y a plusieurs catégories, j’appartiens à celle qui lève son bras sans raconter de story. Je suis un activiste sans artifices », scande celui qui, sur son premier album solo, dans les bacs depuis quelques jours, a relayé les voix trop souvent confisquées de la classe ouvrière. Loin des clinquants « ego trips » des Booba, La Fouine et autres têtes de gondole d’un rap « frime-jacuzzi-gonzesses », qui peine à voir plus loin que le bout de son tiroir-caisse. « Zéro gangsta en moi, ma femme, Shanaya, ne supporterait pas, sourit Franck, fossettes en prime. Bien sûr, je peux me la péter pour le plaisir du flow et asséner, comme dans mon CD, que quand mon cerveau tourne à pleins gaz, EDF me demande des autographes ! »

 

La suite dans Causette #34...

Publié le 25 Mars 2013
Auteur : Nathalie Gathié | Photo : Samuel Kirszenbaum pour Causette
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