Politique Publié le 25 Mars 2013 par Julia Pascual et Benjamin Sèze

Nihal, la sentinelle de Tahrir

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En janvier, deux associations égyptiennes ont rapporté qu’une vingtaine de femmes avaient été victimes de viols collectifs lors des manifestations place Tahrir, au Caire. Devant l’inertie des autorités, des groupes de lutte contre les violences sexuelles réagissent, dont le collectif Basma, créé par Nihal Saad Zaghloul. Rencontre avec une militante qui joue la carte du pragmatisme.

à l'Arabesque Café, non loin de la place Tahrir, Nihal Saad Zaghloul est l'une des rares femmes attablées. Lunettes rectangulaires, discret piercing dans le nez, voile assorti à ses baskets, pantalon noir, chemise à manches longues, elle arbore le look typique des jeunes Cairotes. Si cette informaticienne de 27 ans - musulmane pratiquante et militante pendant la révolution - a fondé le tout premier mouvement de lutte contre le harcèlement sexuel au Caire, elle avoue s'être longtemps désintéressée de cette question. « C'était un peu égoïste de ma part, mais je ne pensais pas que c'était assez
répandu pour pouvoir m'atteindre. » Fortement médiatisé en France, notamment depuis la sortie du film Les Femmes du
bus 678, en mai 2012, le phénomène est loin d'être marginal. Selon une étude du Centre égyptien des droits des femmes,
83 % des Égyptiennes auraient été harcelées sexuellement au moins une fois dans leur vie (voir Causette #29).


Nihal a été rattrapée par le problème à l'été 2012. Le 2 juin, des milliers de manifestants se rassemblent place Tahrir pour protester contre le verdict du procès d'Hosni Moubarak1. La jeune femme et deux de ses amies se rendent à la manifestation
lorsque, au cours d'une bousculade, un groupe d'hommes les isole et les agresse sexuellement. L'une d'elles sera entièrement
déshabillée et subira des attouchements. « Je ne pensais pas qu'un tel degré de violence pouvait exister. »

 

1. Ce jour-là, le président égyptien déchu a été condamné à la prison à vie pour la mort de manifestants durant la révolte de 2011, mais plusieurs anciens hauts responsables de la sécurité ont été acquittés. Ce verdict, jugé trop clément, a provoqué la colère d’une partie de la population.

 

La suite dans Causette #34...

Publié le 25 Mars 2013
Auteur : Julia Pascual et Benjamin Sèze | Photo : Virginie Nguyen pour Causette
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