Publié le 25 Février 2013 par Johanna Luyssen

Marguerite Durand, la belle Frondeuse

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Un quotidien féminin et féministe, qui s'adresse aux femmes en leur parlant de tout : c'est la grande aventure de « La Fronde », fondé en 1897, en plein âge d'or de la presse, par Marguerite Durand, une ex-comédienne excentrique et flamboyante.

La première grande patronne de presse française était une actrice qui jouait principalement des rôles d'ingénues, aimait les belles toilettes, se promenait en ville avec un lion tenu en laisse et adoooorait le casino. Mais Marguerite Durand était plus qu'une originale, c'était une féministe combative qui, à 33 ans, créa « La Fronde », premier quotidien fait par des femmes, pour les femmes. Tout commence en 1864. Marguerite Durand naît à Paris, dans un milieu bourgeois. À 15 ans, elle entre au Conservatoire d'art dramatique, puis joue à la Comédie-Française. Elle se marie quelques années plus tard. Son époux, Georges Laguerre, est avocat et député de la Gauche radicale. Républicain acharné, il défend des anarchistes, des ouvriers émeutiers. Ainsi que la communarde Louise Michel. Le couple reçoit tout le gratin de la presse et du monde politique et prend avec ferveur la défense du général Boulanger, puis du capitaine Dreyfus. Bientôt, ils divorcent. Marguerite Durand est une femme libre. Elle a la petite trentaine flamboyante, elle est belle, blonde et charmeuse.

Elle fait tourner les têtes, fréquente les salons, et écrit pour « Le Figaro ». Sa carrière de journaliste démarre. Un jour d'avril 1896, « Le Figaro » l'envoie couvrir un congrès féministe international. Ayant appris que des étudiants allaient chahuter les débats, elle s'y rend afin d'écrire un compte-rendu humoristique. À l'époque, le féminisme ne l'intéresse guère. « Aux hommes le forum, aux femmes le foyer... Ainsi pensait la majorité. J'étais alors de la majorité. » À l'époque, les femmes mariées sont considérées comme des mineures. Elles n'ont pas le droit de travailler sans l'aval de leur mari. Si elles ont une activité, elles ne peuvent disposer librement de leur salaire. Et ne parlons ni du droit de vote ni de la contraception (que l'on nommait « libre maternité ». À cette période, on s'échangeait des astuces pour « prendre ses précautions »).
La tâche est immense... La journaliste en herbe en prend conscience en assistant aux débats, frappée de constater que « le bon sens n'est pas du côté des tapageurs ». La cause des femmes n'est-elle pas une cause juste ? Elle sort du congrès totalement convaincue et court rencontrer Maria Pognon, sa présidente. Laquelle lui dit : « Il nous faudrait un journal pour diffuser nos idées. »

 

La suite dans Causette #33...

Publié le 25 Février 2013
Auteur : Johanna Luyssen | Photo : Illustrations : Auguste Derrière
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