La cabine d'effeuillage Publié le 25 Février 2013 par BÉRANGÈRE PORTALIER

Bouli Lanners : la peau de l'ours

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Bouli lanners, il vous dit sûrement quelque chose. Mais si, avec sa dégaine d'ours mal luné, sa mèche grasse qui lui barre le front dans un désordre qu'il ne veut PAS contrôler. On l'a vu dans une cinquantaine de films, dont ceux de ses compagnons de route Gustave Kervern, Benoît Delépine, Yolande Moreau, Albert Dupontel, Benoît Mariage, Benoît Poelvoorde. Il est aussi réalisateur. Ses films évoquent toujours la Belgique, l'abandon et la désocialisation, avec une délicate humanité.

« Cela ne fait que quatre ans que j'ai cessé d'avoir peur pour l'avenir, que j'ai senti qu'il se passait vraiment quelque chose avec ce film.» En 2008, le deuxième long-métrage de Bouli Lanners sortait en salle, primé à Cannes et nominé aux césars. Sa carrière d'acteur est sur les rails depuis une dizaine d'années. Mais Eldorado lui apporte une véritable libération : le film éloigne ses fantômes. À commencer par la pauvreté, la marginalisation. Car, si le succès a finalement rencontré Bouli Lanners, c'est après un parcours chaotique, qui aurait pu connaître une fin plus dramatique.

 

L'enfance sauvage

 

Petit, Bouli s'appelait Philippe. Mais cela n'a pas duré longtemps. Son physique le condamne à supporter le surnom de Bouboule, puis Bouli. « J'aurais préféré Puma, ou Panthère. Mais je n'ai jamais réussi à me débarrasser de Bouli. » Fils d'un douanier et d'une femme de ménage, il a une enfance simple, mais heureuse, dans un village à la frontière de la Belgique, de l'Allemagne et des Pays-Bas. Il lit, collectionne les papillons, parcourt la forêt. Un môme quoi. Avec une petite différence tout de même. Bouli dessine. Très bien et beaucoup. Il observe sans cesse une petite peinture à l'huile que ses parents possèdent, détaille les coups de pinceau sur la toile et intègre cette mystérieuse technique. À 12 ans, il sait déjà qu'il mènera une vie de bohème. Il souffre d'une scolarité austère chez les religieux, mais l'un d'entre eux peint et l'initie à l'histoire de l'art. « Je trouvais ça incroyable. J'avais l'impression de fréquenter Van Gogh ! À chaque fois que je croisais un peintre ou quelqu'un qui dessinait, je pensais côtoyer un demi-dieu. Avec le recul, je me dis que c'était juste des gars qui faisaient un peu de peinture, quoi ! » La sortie de l'enfance et son cortège de questions amènent Bouli à fuir dans la nature. Une indépendance démesurée pour un petit d'homme : « J'ai fait des fugues, puis mes parents ont compris qu'ils allaient devoir me laisser faire mes expériences. C'était ça ou je partais définitivement. Alors j'ai pris la route souvent, à pied, à mobylette... À 13 ans, je suis parti deux semaines à vélo vers l'Alsace. Je pédalais, je fumais des clopes, j'avais un peu d'argent, je pouvais m'acheter des trucs à manger moi- même, c'était l'aventure. Je dormais dans les bois, parfois dans une auberge de jeunesse. J'allais toujours plus ou moins rejoindre de la famille. Il y avait un point de chute alors mes parents n'avaient pas peur. Ils étaient plutôt fiers de voir que je pouvais m'assumer seul sans faire de connerie. »

 

La suite dans Causette #33...

Publié le 25 Février 2013
Auteur : BÉRANGÈRE PORTALIER | Photo : MARION GAMBIN POUR CAUSETTE
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