On nous prend pour des quiches Publié le 25 Février 2013 par WILLY LE DEVIN, AVEC JULIA PASCUAL

Femen : des hauts & débats

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Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elles ont inventé une technique de protestation qui sait mobiliser l'attention médiatique. Le téton au vent, elles hurlent, courent et crachent leur haine de l'oppression féminine directement au visage de ceux qu'elles estiment en être responsables. Des actions directes féministes qui suscitent, aujourd'hui plus que jamais, autant d'adhésion que de rejet. Dubitative, "Causette" a voulu tirer les choses au clair... en les soumettant à la question. Elles sont arrivées en retard et cabossées à notre rendez- vous. Le matin même, elles avaient envahi Notre-Dame de Paris, et ramassé quelques coups.

Des copines de Causette, les Femen? Il ne manquait plus que ça! pensez-vous, que Causette se convertisse au féminisme radical. Allez, carrément, seins nus pour écrire cet article ! Chiche ? Oui, enfin, on n'est pas toutes aussi réchauffées qu'elles. Elles, elles se scandalisent, s'indignent, crient. Très fort, même. Leur spontanéité, leur détermination, leur candeur parfois, touchent et fascinent. Tout a commencé le jour où elles ont enlevé le haut. C'était en 2009, en Ukraine. Une poignée de militantes féministes défilent en rose pour protester contre la prostitution. Vexée par l'indifférence générale, l'une d'entre elles enlève le haut et écrit au feutre noir sur un drapeau : « L'Ukraine n'est pas un bordel ! » Un emballement médiatique s'ensuit et le monde découvre les Femen et leur incroyable détermination. C'est vrai ça, qui, aujourd'hui, aurait l'idée, ou tout simplement le courage, de risquer d'être kidnappé par le KGB biélorusse du dictateur Alexandre Loukachenko pour porter haut (et beau !) les idéaux du féminisme? On les voit d'ici tous ceux qui plongeraient le nez dans leur assiette... Antoinette Fouque, l'une des fondatrices du MLF, les admire d'ailleurs beaucoup pour ça : « Elles sont efficaces, offensives, héroïques presque. Ça me rappelle l'été 68, on était animés par la nécessité de la lutte armée. Les Femen sont absolument libres et indépendantes, symboliquement et physiquement. En quelque sorte, elles sont nos petites-filles. »

 

« Un camp d'entraînement » à Paris

 

Cependant, il y a un hic! avec elles, on ne comprend pas toujours le message. Que veulent-elles exactement ? Que pensent-elles ? Tout simplement : que disent-elles ? Formé en 2008, en Ukraine, par trois étudiantes de la ville de Khmelnitski, Anna Hutsol, Sasha Shevchenko et Oksana Chatchko, Femen - la cuisse en latin - est aujourd'hui mondialement connu pour son mode opératoire singulier : arborer topless des slogans provoc.
Du Brésil à l'Égypte, le collectif, soudé au départ autour d'idées marxistes, distille vertement ses « Pope no more » ou ses « Rape me, I'm immoral ». En septembre, et dans le sillage de la leader charismatique, à la tête du mouvement aujourd'hui, Inna Shevchenko (sans lien de parenté avec Sasha), Femen a même ouvert « un camp d'entraînement » au sein du Lavoir moderne parisien, un théâtre du 18e arrondissement, destiné à devenir la base arrière d'une « Internationale du féminisme ». C'est de là, le 12 février, que huit militantes ont lancé leur action française la plus polémique : un happening à l'intérieur de Notre-Dame pour dénoncer l'homophobie de l'Église catholique et le patriarcat imposé par la religion. Ce qui leur vaut deux plaintes du directeur des services généraux de la cathédrale pour coups et blessures et profanation d'un espace cultuel.

 

La suite dans Causette #33...

Publié le 25 Février 2013
Auteur : WILLY LE DEVIN, AVEC JULIA PASCUAL | Photo : WILLIAM BEAUCARDET POUR CAUSETTE
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