Culture Publié le 31 Janvier 2013 par Adélaïde ROBAULT

Harlequin : pourquoi tant de haine ?

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Leurs auteurs ne sont pas invités au Salon du livre et leurs (très nombreuses) lectrices se font discrètes. Tout monde connaît les romans Harlequin, mais personne ne les aime. Pourtant, ils s'écoulent par millions chaque année en France. Las ! Soixante-trois ans après sa création au Canada, la collection Harlequin continue de faire mauvais genre. Mais pourquoi tant de haine envers ces romances où l'amour triomphe toujours, où les torses masculins sont virils, où les yeux des héroïnes dansent dans de chatoyantes nuances de vert-bleu-paillette d'or, et où les étreintes sont aussi fugaces que passionnées ? Hein, franchement ?

« On n'aurait jamais cru ça de toi ! » Dire qu'on lit des romans Harlequin, c'est s'exposer à ce genre de remarques, un peu comme si vous aviez plagié Balzac au bac de français. Car Harlequin n'est pas un éditeur comme les autres. En parle-t-on dans les clubs de lecture ? Les revues de presse ? Le liriez-vous dans le bus ? Tut-tut ! « Vous adorez les petites bluettes [...], écrit Anna Gavalda 1, mais [...] vous ne pouvez quand même pas lire des romans Harlequin attablé chez Lipp ou aux Deux-Magots. » Évoquez ce nom dans un dîner, personne n'avouera en avoir lu, si ce n'est un convive malchanceux, coincé qu'il était au fin fond de la Creuse. C'est à se demander qui a acheté les 8 millions de livres vendus en 2011 en France ! En revanche, tout le monde a un avis sur Harlequin, et il est plutôt négatif. Mais que reproche-t-on au leader du genre sentimental ?
Sa forme, tout d'abord. Les livres de poche, qui ont fait la fortune de la maison d'édition depuis sa création, en 1949, sont des objets bon marché, au papier médiocre, à la couverture kitsch, qu'on vend à l'unité ou par packs de trois dans les grandes surfaces et les kiosques à journaux. De la littérature de quai de gare, comme on qualifiait autrefois le roman policier, lequel a depuis conquis ses lettres de noblesse.
Son genre, ensuite. Ces histoires à l'eau de rose n'inspirent que condescendance depuis le xixe siècle. De tous les genres qui constituent la littérature populaire, « le roman sentimental est celui qui résiste le plus à toute réhabilitation, explique Loïc Artiaga, maître de conférence à l'université de Limoges. Dumas est entré au Panthéon, la Pléiade accueille Simenon, Fantômas est enseigné à l'université... La faute au caractère genré de son public. C'est une littérature pour les femmes - et plutôt pour les femmes des classes populaires -, que l'on présente comme écrite par les femmes (ce qui n'est pas toujours vrai). Bref, il cumule beaucoup de handicaps symboliques ».


La suite dans causette #31...

Publié le 31 Janvier 2013
Auteur : Adélaïde ROBAULT | Photo : Illustrations : Camille Besse
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