La cabine d'effeuillage Publié le 31 Janvier 2013 par Julia PASCUAL

Étienne-Émile Baulieu, la pilule en bandoulière

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Il a mis au point la pilule abortive, cette invention qui a révolutionné la condition féminine. Le professeur de biochimie Baulieu a une vie très riche et très longue derrière lui, passée entre les États-Unis et la France, entre l'art et la science. À 86 ans, il travaille encore, cette fois à la recherche d'un remède pour guérir Alzheimer. Et il lui reste de la force pour frimer gentiment à l'évocation de sa carrière. Portrait d'un ponte de laboratoire.

C'est un peu moche un hôpital au mois de décembre. Le ciel est gris et la pluie forme des flaques de boue autour des allées où le bitume a oublié de prendre ses droits. Dans l'immense centre hospitalier du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, l'affreux béton blanc des bâtiments modernes se marie mal au charme des bâtisses historiques. Planté quelque part dans cette enceinte de 22 hectares, l'édifice de l'Inserm  numéro 47. C'est le seul bâtiment au monde à porter le nom de Gregory Pincus, l'inventeur américain de la pilule contraceptive en 1956. Au deuxième étage, un couloir étroit aux murs blanc et rose. Il y a du lino au sol, et une musique de Mylène Farmer s'échappe de l'un des bureaux. Bienvenue dans l'univers peu clinquant de la recherche publique.

Une porte s'ouvre et un homme apparaît. Cheveux grisonnants, allure un peu courbée, il nous lance un regard. « Nous avons rendez-vous ? Je suis à vous dans cinq minutes. » Étienne-Émile Baulieu traverse d'un pas le couloir et s'engouffre dans le bureau de son assistante, où des armoires pleines de ­dossiers tapissent les murs. On essaie de lire sur les tranches : Viagra, DHEA, RU-Co, RU Minidose, Leridon, Taïwan... L'homme repasse devant nous, s'enferme, ressort finalement au bout d'une dizaine de minutes. Enfin. À 86 ans, l'inventeur de la pilule abortive n'a pas levé le pied. La longévité de sa carrière est d'autant plus surprenante qu'elle ne peut pas être motivée par le confort de sa position. Retraité de son état, Étienne-Émile Baulieu ne perçoit plus de salaire. Mais, voilà, il ne se sent pas vieux et compare l'exaltation que lui procure le métier de chercheur à celle que « devaient ­ressentir les découvreurs de nouveaux pays ». Le professeur n'est pas tout à fait aux femmes ce que Christophe Colomb est à l'Amérique (fût-il au demeurant souhaitable ?), mais il est, sans conteste, l'un de ceux qui ont considérablement élargi l'univers des possibles. Et ce, un peu par hasard.

 


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Publié le 31 Janvier 2013
Auteur : Julia PASCUAL | Photo : Christophe Meireis
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