Vue du labo Publié le 31 Janvier 2013 par Antonio Fischetti

Testostérone : en avoir ou pas

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D'une personne courageuse, on dit souvent qu'elle « a des couilles ». Sous-entendu : de la testostérone, l'hormone mâle. L'expression est banale, néanmoins macho. Et scientifiquement contestable. Car la testostérone n'est pas l'apanage des hommes. De plus, elle est loin de jouer le rôle qu'on lui attribue dans le comportement.

Quand on y réfléchit, c'est quand même bizarre cette manie d'attribuer des qualités morales aux testicules. De ces brinquebalants ornements naîtraient courage et force de caractère ? Qualités dont les femmes seraient par définition privées, du coup. Face à cette absurdité, une mise au point s'impose.
Le fait d'« avoir des couilles » renvoie implicitement à la production de testostérone. Cette hormone dite « mâle » est sécrétée par les testicules. Son rôle est bien connu à la puberté : c'est à cause d'elle que les garçons se livrent à des concours de pilosité, changent de voix et se mettent à jouer de la guitare pour impressionner les filles. Le rôle de
la testostérone est également net chez les animaux, et tous les propriétaires de chat savent qu'il suffit d'un coup de bistouri pour transformer un coureur de minettes en guimauve de canapé. À partir de ces observations, il peut sembler logique d'associer les testicules aux comportements dits « virils ». Peut-être... Mais, pour la biologie, c'est moins évident.


A forte dose, l'hormone stimule la libido


D'abord, la substance n'est pas un monopole masculin. Les femmes en sécrètent aussi. Pas beaucoup, certes (cinquante à cent fois moins que les hommes, soit 0,2 nanogramme par millilitre de sang, contre 10 à 20 nanogrammes pour les messieurs), mais tout de même. Chez les femmes, la testostérone est produite dans les ovaires et les glandes surrénales. Ensuite, elle est transformée en œstrogènes, c'est-à-dire en hormones féminines.
Malgré son faible taux, la testostérone féminine joue un rôle indéniable. À la puberté, c'est elle qui fait pousser les poils pubiens (on pourrait s'en passer, d'accord, mais ce n'est pas rien). Surtout, elle intervient dans le désir sexuel. Un minimum de testostérone est en effet nécessaire à la libido. On sait, par exemple, que les femmes qui souffrent d'un grave déficit de libido ont un très faible taux de testostérone 1. Attention ! ça ne veut pas dire que le niveau de libido est strictement proportionnelle à celui de l'hormone mâle. Imaginons deux personnages : Maryline et Alice. Elles présentent toutes deux un taux normal de testostérone, mais celui de Maryline est plus élevé que celui d'Alice. On ne peut pas en conclure que Maryline a un désir sexuel plus ardent qu'Alice.

 


La suite dans Causette #31...

 

Publié le 31 Janvier 2013
Auteur : Antonio Fischetti | Photo : Vincenza Mirisola
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