Publié le 31 Janvier 2013 par Bridget Kyoto

Gaz-pillage

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Le gaz de schiste est à l'énergie ce que le vieux billet froissé retrouvé dans une poche est aux fins de mois difficiles : un ballon d'oxygène. Sauf qu'ici, il s'agit de CO2. Grâce à ces « ressources non conventionnelles », inutile de préparer l'avenir, de financer les énergies renouvelables ou de chercher des alternatives : le gaspillage à crédit peut continuer !
Pour récupérer ce nouvel or noir, il faut injecter de l'eau à 3 000 mètres de profondeur, sous très haute pression, afin de fracturer la roche qui l'emprisonne. Enfin, quand je dis « eau », il s'agit en fait d'un cocktail de produits chimiques salement toxiques. Alors qu'en 2011, sous le gouvernement Fillon, la France a interdit l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, aujourd'hui, la classe politique au pouvoir se laisse convaincre. François Hollande se dit prêt à prendre « [ses] responsabilités si une autre technique apparaît ». Arnaud Montebourg renchérit : « Nous n'acceptons pas la fracturation hydraulique, mais nous travaillons à imaginer une nouvelle génération de technologies propres qui p­ermettraient d'extraire sans abîmer. » Des technologies propres pour une énergie crado ? C'est pas si grave. Michel Rocard ira même jusqu'à déclarer que la France est « bénie des dieux ».
Une bonne partie des médias s'enthousiasme également : une semaine après le voyage de presse organisé par Total au Texas, voyage supposé montrer la vérité vraie aux journalistes sur les gaz de schiste, Le Monde, dans son édito du 25 juillet dernier, demande « comment savoir, inventer, progresser si l'exploration même est interdite » ? Et Challenges souligne, dès le 12 juillet, qu'en Europe, nous sommes les seuls, avec la Pologne, dont « le sous-sol recèle probablement cent ans au moins de consommation de gaz ».
Et puis, il y a des emplois à la clé, et pas qu'un peu : des dizaines de milliers. Les patrons sont tous d'accord : C-hristophe de Margerie (Total), Laurence Parisot (Medef), Gérard Mestrallet (GDF Suez). Comment des personnes aussi concernées par le bien commun pourraient-elles défendre une technologie polluante ? Alors pompons, pompons, exploitons, suçons jusqu'à la dernière goutte.
D'ailleurs, les États-Unis ont reconquis un siècle d'« auto-nomie énergétique » ! Et nous, qu'est-ce qu'on attend ? Sous prétexte que l'extraction de ces hydrocarbures est polluante, envahissante, qu'elle met à mal la géologie de nos sous-sols, la pureté de nos nappes phréatiques et la qualité de l'eau qu'on boit, il faudrait y renoncer ?
Le Groupement des entreprises parapétrolières et para-gazières et des professionnels du pétrole et du gaz (GEP-AFTP) a identifié quatre types de « risques » qui sont liés à l'extraction des gaz et pétrole de schiste : la pollution des sous-sols, l'approvisionnement en eau, la composition des fluides de fracturation et les impacts sociétaux. Le changement climatique n'y figure pas ? C'est donc qu'il n'y a pas de problème.
De toute façon, juré craché, une technologie propre sera bientôt disponible. Un peu comme si on trouvait une façon distinguée de violer une chèvre : cela lèverait tous les tabous. Exploiter des énergies fossiles nocives pour le climat alors que les changements de température bouleversent déjà les écosystèmes dont dépendent les sociétés humaines, c'est bien la chose la plus raisonnable à faire.

Publié le 31 Janvier 2013
Auteur : Bridget Kyoto | Photo : Illustration : Camille Besse
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